Détectable dès la naissance de l'enfant ou peu après, ce que l'on appelle syndrome d'alcoolisation fœtale associe 4 grands groupes de signes : la dysmorphie faciale (c’est-à-dire un visage déformé de façon caractéristique), le retard de croissance, les malformations, le retard psychomoteur. Ces signes sont d'autant plus marqués et nombreux que l'alcoolisation de la mère a été importante et chronique. C’est d’abord la dysmorphie qui attire l’attention. Cependant, le diagnostic n’est pas toujours facile ou rapide, même si un alcoolisme avoué ou soupçonné chez la mère attire l'attention.
L'alcool est dangereux même à faible concentration
La croyance selon laquelle un verre de temps à autre ne pouvait pas faire de mal a été mise à mal par de récentes études. Selon une des dernières études Inserm, le quotient intellectuel est diminué de 5 à 7 points chez des enfants dont les mères avaient consommé au moins 2 à 3 verres d'alcool. Selon d'autres études qui se sont intéressées à des adolescents nés dans les années 70, le quotient intellectuel est très diminué chez les jeunes concernés par un alcoolisme flagrant de la mère lors de la grossesse, avec une moyenne aux alentours de 75 (le chiffre de 70 définit le seuil de "débilité") ; ils ont pour la plupart des problèmes de mémorisation et d'apprentissage et peu suivent une scolarité normale ; beaucoup quittent très jeunes leurs familles ou en sont complètement séparés à l’âge adulte : orphelinat, placements en famille d'accueil, hébergement en institutions spécialisées…
Tout au long de la grossesse
L'alcool est toxique du début à la fin de la grossesse, altérant la croissance cellulaire, mais aussi la maturation cérébrale. Cependant, les alcoolisations aiguës (une "cuite" de temps en temps) pourraient être tout aussi toxiques, voire plus.
On peut donc distinguer deux catégories de femmes enceintes "à risque":
- celles qui consomment de manière régulière et excessive (ou aiguë) des boissons alcoolisées ; certaines sont dépendantes de l’alcool, d’autres non, mais toutes sont à risque de porter des enfants qui auront des capacités neurologiques diminuées ;
- celles – largement majoritaires – dont la consommation de boissons alcoolisées, faible et occasionnelle, est synonyme de plaisir et de convivialité, et qui ne connaissent pas l’effet potentiellement toxique de l’alcool ! 5 % des femmes enceintes auraient un réel problème d’alcool.
Comment l’alcool est-il toxique ?
Dans notre corps, l’alcool (ou éthanol) est transformé en acétaldéhyde, tous deux tératogènes, c’est-à-dire capables de provoquer des malformations chez le fœtus. Ils traversent le placenta et sont notamment responsables de mauvaises migrations cellulaires pendant toute la grossesse : les cellules du fœtus ne vont pas là où elles devraient normalement aller, d’où des malformations physiques et des atteintes cérébrales, les cellules du cerveau (ou neurones) n'étant pas épargnées. Par ailleurs, le fœtus ne sait pas se débarrasser des toxiques aussi aisément qu’un adulte : l’alcoolémie du fœtus peut être supérieure à celle de sa mère et surtout durer plus longtemps. D’où l’effet particulièrement néfaste de l’alcoolisation aiguë, même unique (la "cuite"), responsable parfois de coma alcoolique du fœtus ! Enfin, les fœtus ne sont pas "égaux" devant l’alcool ; certains le tolèrent mieux que d’autres, d’où des atteintes différentes pour des degrés et des doses d’alcoolisation maternelle semblables. La relation dose-effet est cependant indéniable : les très grandes consommations d’alcool provoquent toujours un syndrome d'alcoolisation fœtale.
Buvez-vous de l'alcool ?
Lorsque le médecin pose cette question, peu de femmes concernées osent répondre. Pourtant, il n'est question ni de juger, encore moins de condamner, mais d'informer et de proposer un réel soutien : une femme enceinte qui a un problème d’alcool met en danger son futur enfant. Elle doit être prise en charge de façon spécifique par tout un réseau de soignants : médecin généraliste, mais aussi sage-femme, obstétricien, alcoologue, psychologue, pédiatre… Elle doit aussi accepter de s’impliquer et participer à cette prise en charge multidisciplinaire, pendant mais aussi après la grossesse. En maternité et après la sortie, l'accueil de l'enfant dans les meilleures conditions, puis l'accompagnement de la maman, de l'enfant et de sa famille sont les meilleurs outils dont on dispose actuellement pour encourager la désintoxication maternelle, améliorer l'avenir de ces enfants, et éviter une nouvelle "grossesse sous alcool".
Prévention : un retard à rattraper
Le ministre de la Santé a annoncé plusieurs mesures pour promouvoir l'abstinence durant la grossesse : entre autres, information sur les risques liés à la consommation d'alcool sur les étiquettes de bouteilles qui en contiennent, sensibilisation des femmes lors de l'achat d'un home-test de grossesse en pharmacie, information concernant les consommations de tabac, alcool, drogues et médicaments donnée lors de l'examen médical du début de la grossesse et ajout d'une information sur la consommation d'alcool aux données qui figurent déjà sur le carnet de suivi de la maternité des femmes enceintes…
Toutes les femmes enceintes devraient savoir :
- que l'alcool traverse le placenta ;
- qu'il est potentiellement toxique pour les cellules (en particulier du cerveau) de l'enfant ;
- que cette toxicité existe quelle que soit la dose ingérée.
Seule l’option "zéro alcool pendant la grossesse" (tout comme l’option "zéro tabac") est donc vraiment raisonnable…
En cas de doute, ou si vous vous sentez un tant soit peu concernée, n’hésitez plus : parlez-en à votre médecin ; il est là pour vous aider, vous soutenir, non pour vous juger…
Dr Eva Gulesser Source : Bien-être et Santé |