Vous pouvez être hypertendu sans le savoir. Or l’hypertension est l’un des grands facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Sans traitement, elle finit par provoquer infarctus et accidents vasculaires cérébraux. Ne passez pas à côté. Conseils du Dr Guillaume Bobrie (service de cardiologie, hôpital européen Georges-Pompidou, Paris), ardent défenseur de l’automesure.
En France, on estime que 7,5 à 10 millions de personnes souffrent d’hypertension artérielle. Mais beaucoup l’ignorent et n’ont donc pas de traitement. Même si le risque d’être hypertendu augmente avec l’âge – après 70 ans, plus de 50 % des Français le sont – l’hypertension touche aussi des adultes jeunes et cause chez eux les mêmes dégâts.
Infarctus et accidents cérébraux
L’hypertension n’est pas le seul facteur de risque cardiovasculaire mais c’est l’un des principaux. On comprend facilement pourquoi : quand la pression dans les artères est en permanence trop élevée, elle met tout le système cardiovasculaire en "sur-régime". Les parois artérielles durcissent et s’épaississent – ce qui facilite le dépôt de graisse – les artères deviennent moins flexibles, leur calibre se rétrécit, le sang ne circule plus convenablement : c’est l’athérosclérose, avec ses conséquences multiples.
· Sur le cœur : quand les artères coronaires sont touchées, il y a risque d’angine de poitrine et de crise cardiaque (infarctus). Autre conséquence de l’HTA sur le cœur, pour faire face à la surcharge de travail, le cœur s’épaissit et s’hypertrophie puis, dans un deuxième temps, il n’assure plus un débit suffisant : c’est l’insuffisance cardiaque.
· Sur le cerveau : si les vaisseaux cérébraux se bouchent ou bien se rompent sous l’effet d’une pression artérielle trop élevée, c’est l’accident vasculaire cérébral.
· Sur les jambes : lorsque les vaisseaux des jambes sont obstrués, le sang n’arrive plus bien aux pieds, ce qui provoque – dans un premier temps – une douleur dans le mollet à la marche, c’est l’artérite des membres inférieurs.
· Sur les reins : les artères qui irriguent les reins se bouchent et entraînent progressivement une insuffisance rénale.
Si d’autres facteurs de risque (tabagisme, hypercholestérolémie, diabète…) viennent s’ajouter à l’hypertension, comme c’est fréquemment le cas, les complications sont encore plus sévères et se manifestent plus rapidement.
Impératif : connaître sa tension
Il ne faut pas attendre d’avoir un problème pour faire contrôler sa tension artérielle. D’autant que, le plus souvent, l’hypertension ne se manifeste par aucun symptôme. Des maux de tête matinaux, des vertiges, des bourdonnements d’oreille, des impressions de mouches volantes devant les yeux, des saignements de nez peuvent parfois alerter mais c’est loin d’être la règle. Le seul moyen de savoir si l’on est hypertendu est de faire mesurer sa tension artérielle. À partir de 30 ans, il est conseillé de le faire régulièrement car vous pouvez être "normotendu" pendant longtemps et, un jour, vous retrouver hypertendu, sans signe d'alerte particulier.
Les chiffres de pression artérielle s’expriment en millimètres de mercure (mm Hg). On est hypertendu quand la valeur du chiffre le plus élevé qui correspond à la pression systolique (au moment où le cœur se contracte et se vide) est égale ou supérieure à 140 mm Hg et quand celle du chiffre le plus bas (pression artérielle diastolique : le cœur se relâche et se remplit) est égale ou supérieure à 90 mm Hg. On parle plus couramment d’une pression de "14/9". Mais un seul chiffre élevé ne suffit pas pour parler d’hypertension. Comme chez une même personne, la pression varie d’un jour à l’autre et au cours d’une même journée sous l’effet de certaines émotions, il faut répéter les mesures durant la même consultation et lors de plusieurs consultations à un mois de distance.
Quand l’hypertension est incertaine, le médecin peut proposer une mesure pendant 24 heures au moyen d’un petit enregistreur à cassette (de la taille d’un baladeur) à porter sur soi. Cette technique est appelée "mapa" (mesure ambulatoire de la pression artérielle). Il peut aussi demander de mesurer soi-même sa pression artérielle à domicile à l’aide d’un petit appareil automatique. L’automesure tensionnelle permet aussi d’évaluer et de surveiller l’efficacité d’un traitement antihypertenseur. Mais attention, les chiffres définissant la normale chez soi sont un peu plus bas que ceux obtenus au cabinet du médecin : 135/85 au lieu de 140/90.
À cause de quoi ?
Dans 5 % seulement des cas, l’hypertension est directement liée à une maladie (des reins, des artères rénales ou des glandes surrénales) et dans 95 % des cas, elle est dite "essentielle", en clair de cause inconnue. Cela dit, de nombreux facteurs favorisent son apparition : l’âge (le vieillissement diminue la souplesse des artères, d’où une augmentation de la pression systolique), l’hérédité (si l’un de vos parents est hypertendu, vous avez encore plus de raisons de vous surveiller), l’excès de poids, l’abus d’alcool et une alimentation trop riche en sel, en particulier.
Le coup de pouce de la diététique
Si vous êtes hypertendu, votre médecin commencera par vous donner des conseils destinés à corriger tout ce qui précisément, dans votre mode de vie, favorise l’élévation de la tension
artérielle.
· Réduisez votre consommation de sel : celui-ci aggrave l’hypertension et gêne l’action de certains médicaments antihypertenseurs (les diurétiques). 5 à 6 g/jour suffisent amplement, or la majorité des Français en absorbent 10 g/jour voire plus. En pratique, méfiez-vous des plats préparés (en conserve, surgelés ou frais) qui en contiennent souvent beaucoup. Évitez les charcuteries, réduisez les fromages et autres produits très salés. Pas de salière sur la table pour ne pas être tenté de resaler. Pour donner du goût, utilisez poivre et autres épices. Supprimez les eaux minérales trop riches en sel, en particulier gazeuses de type Vichy-Célestins, Saint-Yorre ou Arvie ; leur composition est indiquée sur les bouteilles.
· Maigrissez si vous avez des kilos en trop : perdre 5 à 10 % de son poids aide à faire baisser la tension, parfois même à la normaliser.
· Diminuez les boissons alcoolisées : à fortes doses, l’alcool exerce un effet direct sur les artères. Pas plus de 3 verres par jour (vin ou équivalent) pour les hommes, 2 pour les femmes. Les effets de cette diminution d’alcool se font sentir 4 à 6 semaines après.
· Mangez moins gras : diminuez les lipides saturés (d’origine animale, beurre, crème fraîche, viandes grasses, charcuteries) et privilégiez les huiles végétales (olive, colza, noix, soja), les poissons riches en acides gras de type oméga 3 (hareng, maquereau, saumon, sardine, thon).
· Autre conseil utile : reprenez une activité physique régulière, de préférence des sports d’endurance (marche, vélo, natation…) qui contribuent à corriger l’excès de poids et à réguler la tension.
· Attention à la réglisse : consommées en excès, les confiseries à la réglisse (par exemple, les fumeurs repentis sucent des bâtons de réglisse pour s’empêcher de fumer) et les boissons à base de coco ou d’Antésite font monter la tension. Si vous êtes hypertendu, inutile d’en rajouter… et signalez à votre médecin tous les médicaments que vous consommez (certains font monter la pression artérielle mais d’autres, par exemple les anti-inflammatoires que vous pouvez vous procurer sans ordonnance, peuvent inhiber l’action des médicaments antihypertenseurs).
Diurétiques, bêtabloquants, inhibiteurs calciques…
Ces règles hygiéno-diététiques suffisent parfois à retrouver une tension artérielle normale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le médecin les recommande dans un premier temps (pendant 3 à 6 mois) avant de prescrire un traitement médicamenteux. Mais seulement quand l’hypertension est légère (de 14/9 à 16/10). Le plus souvent cependant, un traitement médicamenteux est nécessaire. Il y a 7 "familles" de médicaments pour abaisser les chiffres de la pression artérielle dans le but de diminuer le risque d’accident cardiovasculaire. Comme chacune d’elles a un mode d’action différent – et parfois complémentaire – votre médecin peut vous prescrire un traitement quasi personnalisé, tenant compte de votre "profil", c’est-à-dire de votre âge, de vos autres facteurs de risque, de vos antécédents médicaux et de votre vécu :
· les diurétiques servent à éliminer le sodium (sel) ;
· les bêtabloquants diminuent le débit cardiaque et ralentissent le travail du cœur ;
· les inhibiteurs de l’enzyme de conversion et les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II réduisent la libération dans l’organisme d’une hormone dont l’action hypertensive contracte les artères ;
· les inhibiteurs calciques et les alphabloquants dilatent les artères ;
· les antihypertenseurs d’action centrale agissent directement au niveau des zones du cerveau qui régulent la pression artérielle.
Un traitement à vie
Aux consultations suivantes, votre médecin vérifiera si le traitement (un seul antihypertenseur au départ) permet, à la dose prescrite, d’abaisser votre hypertension. Si c’est non, il augmentera la dose ou prescrira une association de deux molécules différentes. De votre côté, il est important de lui signaler si vous supportez bien le ou les médicaments prescrits, pour qu’il en change éventuellement. Certains effets secondaires tiennent au mode d’action de la "famille "du médicament : par exemple, les antagonistes calciques donnent des œdèmes des jambes dans 10 à 15 % des cas et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de la toux également dans 10-15 % des cas. D’autres ne sont pas spécifiques (fatigue, mal de tête, impuissance) et en général subjectifs. Il est normal de tâtonner avant de trouver le ou les médicaments qui conviennent, à la fois efficaces et bien tolérés. Le jeu en vaut la chandelle : toutes les études montrent que les médicaments antihypertenseurs – à condition qu’ils soient pris tous les jours et à vie – réduisent de façon importante le risque cardiovasculaire (maladies et mortalité).
Evelyne Gogien
Mesurer sa tension chez soi
L’automesure de la pression artérielle est très utile… à condition d’avoir un bon autotensiomètre et de faire les bons gestes.
· Choisissez (en pharmacie) un appareil homologué validé par les experts de l’Afssaps*, de préférence à brassard. Les autotensiomètres qui mesurent la tension au poignet sont moins fiables ; n’achetez surtout pas ceux qui la prennent au bout du doigt. On en trouve à partir de 100 euros environ. Les appareils à mémoire (grâce à laquelle on peut retrouver les mesures précédentes) sont plus perfectionnés mais aussi plus chers. N’hésitez pas à demander conseil à votre médecin ou à votre pharmacien et consultez le site Internet www.automesure.com La liste des appareils considérés comme fiables est régulièrement mise à jour et les appareils jugés médiocres n’y figurent pas. Une garantie.
· Vous trouverez sur le site comment mesurer votre tension :
- mettez-vous dans de bonnes conditions, en position assise, après 5 minutes de repos, bras décontracté posé sur une table à peu près à la hauteur du cœur ; placez le brassard à même la peau, bien ajusté ;
- utilisez l’appareil le matin (avant de prendre vos médicaments et votre petit déjeuner), puis le soir (avant le repas) en faisant 3 mesures successives à quelques minutes d’intervalle ;
- répétez ces 3 mesures (matin et soir) pendant 3 jours de suite, la semaine qui précède la visite chez votre médecin ; rien ne sert de prendre sa tension tous les jours ;
- à chaque relevé, notez les chiffres sur un carnet de suivi ou sur le formulaire proposé par le site www.automesure.com
Un logiciel calculera automatiquement votre moyenne et établira un graphique que vous pourrez imprimer et apporter à votre médecin.
* Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé.
"Hypertension de consultation" et "hypertension masquée"
À son cabinet ou à l’hôpital, le médecin mesure votre tension et elle est élevée : a priori vous êtes hypertendu. Mais vous la reprenez une heure ou même quelques minutes après et votre tension est redescendue. Bizarre… C’est ce que les médecins appellent "l’effet blouse blanche" ou, pour être plus exact, "l’hypertension de consultation". En clair, la présence du médecin (ou dans une moindre mesure celle de l’infirmière) ou le milieu médical provoquent chez vous une réaction, même si vous ne vous sentez pas impressionné, qui se traduit par une élévation de la pression artérielle pendant la durée de la consultation.
"Le terme "d’hypertension de consultation" est préférable car ce n’est pas le vêtement qui "stresse" mais le fait de se trouver dans un milieu médical", explique le Dr Guillaume Bobrie. "Le phénomène n’est pas rare puisqu’il est observé dans 20 à 30 % des cas, mais il est imprévisible et les écarts sont parfois grands. On ne sait pas à l’avance si le patient aura ou non cette réaction. Cette éventualité est gênante puisqu’elle peut faire penser au médecin que son patient est hypertendu alors qu’il ne l’est pas et n’a donc pas besoin de prendre de médicaments."
À l’inverse, sans que l’on sache pourquoi, certains patients ont, au cabinet du médecin, une tension artérielle normale alors qu’à l’extérieur, dans la vie de tous les jours, elle est élevée. Un phénomène appelé initialement "effet blouse blanche inversé" que les médecins qualifient aujourd’hui "d’hypertension masquée".
"Dans l’étude réalisée récemment par automesure en France, chez plus de 5 000 patients, nous nous sommes aperçus que près de 10 % d’entre eux avaient une hypertension masquée.
D’autres études l’ont trouvée dans 20 % des cas", précise le Dr Bobrie.
L’équipe de l’hôpital Georges-Pompidou a aussi démontré qu’au final, les patients ayant une hypertension de consultation avaient un bon pronostic cardiovasculaire ou le même que des hypertendus dont la tension artérielle est redevenue normale sous traitement. Autrement dit, le fait d’avoir des chiffres tensionnels élevés chez le médecin et normaux "dans la vraie vie" n’est pas grave du tout. En revanche, ceux et celles qui ont une hypertension masquée et ne sont pas traités – puisque le médecin les croit "normotendus" – sont à risque et peuvent faire un accident cardiovasculaire. L’automesure permet de corriger ces erreurs : les faux hypertendus ne sont pas traités pour rien et les faux "normotendus" doivent être traités.
N’arrêtez pas votre traitement
Suivez correctement votre traitement, même si vous vous sentez bien.
· Prenez votre (ou vos) médicament(s) antihypertenseur(s) à heures fixes pour éviter les à-coups tensionnels. Un conseil du Dr Bobrie pour ne pas risquer un oubli : placez vos médicaments à côté d’un objet dont vous êtes sûr de vous servir tous les jours à peu près à la même heure (brosse à dents, boîte à café, chaussures…). Si vous faites la grasse matinée, vous aurez certes un retard d’une ou deux heures mais ce n’est pas très grave car les médicaments récents couvrent plus de 24 heures. En revanche, il est dangereux de sauter une prise.
· N’interrompez jamais votre traitement même s’il vous semble avoir des effets secondaires. Dans ce cas, appelez votre médecin ou allez le voir mais en attendant, continuez de le prendre.
· Ne prenez pas le risque de tomber en panne de médicaments : attention, une boîte de 28 comprimés ne fait pas le mois…
· Si vous avez du mal à suivre votre traitement (oublis), faites-vous aider par un proche.
Pour en savoir plus
· Fédération française de cardiologie, 50 rue du Rocher, 75008 Paris, tél. 01 44 90 83 83. Brochures disponibles sur demande : "HTA : ne jouez pas avec les chiffres de votre vie", "HTA, comment l’éviter, comment vivre avec", serveur vocal : 0 892 681 518, site Internet www.fedecardio.com
· Le site Internet www.automesure.com
- liste des autotensiomètres recommandés par l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) et conseils pour bien s’en servir.
- livre : "Surveiller et soigner l’hypertension", Dr Nicolas Postel-Vinay et Dr Guillaume Bobrie, Éd. Odile Jacob Médecine, 2003, 22,50 Euros.
· Comité français de lutte contre l’hypertension, site Internet www.comitehta.org
Source : Bien-être et Santé |