| Les femmes ont ainsi l'habitude de voir un généraliste ou un gynécologue et, traditionnellement, sont plus responsables de la santé familiale. Par ailleurs, tout indique aux femmes qu'elles auront un jour à affronter l'âge et la maladie (les médias, leurs amies, leur mari). On parle peu, en revanche, du vieillissement des hommes. Eux-mêmes entretiennent l'idée qu'ils s'arrangent en vieillissant et, de toute façon, ils ont tendance à faire l'autruche. Quand tout va bien, ils oublient leur corps. Ils ont appris, il est vrai, à ne pas s'écouter parce que, culturellement, il est dévalorisant pour le sexe dit fort de se plaindre.
Résultat : quand ils consultent - souvent dans l'urgence et d'emblée pour quelque chose de grave - c'est avec des mois voire des années de retard. Et à ce moment-là, ils demandent l'impossible : guérir en 24 heures...
8 ans de moins que les femmes Autre particularité : les hommes parlent alors de leur corps comme s'il s'agissait d'une voiture à réparer ! Même si leur comportement commence à changer, ils consultent encore plus facilement pour des problèmes cardiovasculaires ou gastriques, plus avouables, que pour des problèmes urinaires, sexuels, ou pis encore, psychologiques. Les comportements à risque (alcoolisme, tabagisme, imprudence et vitesse en voiture ou à moto...) sont également plus masculins que féminins (deux fois plus et dès l'adolescence).
Pas étonnant qu'ils s'en sortent plus mal que les femmes et qu'ils vivent moins longtemps qu'elles : 74,7 ans en moyenne contre 82,3. En France, la mortalité prématurée (avant 65 ans), déjà accentuée chez les hommes, s'est encore dégradée ces quinze dernières années : plus de 70 % de ces décès sont en effet masculins.
Les femmes prennent davantage soin de leur corps, elles n'ont pas non plus peur de dire qu'elles ont mal et réagissent beaucoup plus vite.
Un alcoolisme qui change En France, l'alcoolisme est toujours un problème et il reste essentiellement masculin, comme en attestent les statistiques de décès par cirrhose ou psychose alcoolique. Les femmes cependant commencent à rattraper les hommes sur ce terrain. Parce que les caractéristiques sociales de la consommation d'alcool ont évolué, note le Pr Michel Reynaud(1). La consommation de vin aux repas (à la française) a en effet diminué au profit de celle d'alcools forts, accompagnée d'ivresse, dans les soirées entre amis (à la nordique).
Il y a moins d'alcooliques cirrhotiques - qui boivent beaucoup de vin toute leur vie sans être jamais ivres et dont la cirrhose se déclare vers 50 ans ou à la retraite. Mais plus de consommateurs d'alcool à caractère toxicomaniaque, souvent d'ailleurs en association avec des drogues. Le tout entraînant davantage de complications neuropsychiatriques et de troubles du comportement.
L'écart avec les femmes diminue chez les plus jeunes mais, selon les données de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies pour l'année 2000, les garçons restent majoritaires. À 18 ans, ils sont 10 % à avoir eu plus de 10 ivresses par an contre 2 % pour les filles. 25 % d'entre eux consomment de l'alcool plus de 10 fois par an contre 7 % des filles. Pour le cannabis, fréquemment couplé à l'alcool dans les soirées festives, 30 % des garçons en consomment plus de 10 fois par an contre 15 % de filles.
Les prises de risques qui en découlent (conduite automobile dangereuse, bagarres...) sont d'ailleurs beaucoup plus courantes chez les hommes. À l'adolescence, le déséquilibre est net. On enregistre, par exemple, trois fois plus d'accidents de la route chez les garçons que chez les filles.
Plus de cancers du poumon Comme les dégâts du tabagisme se font sentir plus tardivement, les cancers du poumon, des voies aérodigestives, de la vessie, la bronchite chronique et les maladies cardiovasculaires (dont la cigarette est la grande pourvoyeuse) sont encore largement le lot des hommes. Avec l'augmentation du tabagisme féminin, les statistiques évoluent, mais il faudra encore attendre une ou deux décennies pour que les femmes aient autant de cancers bronchiques, par exemple. Aujourd'hui, le cancer du poumon représente environ 12 % des décès des hommes de 45 à 64 ans, contre 3 % chez les femmes.
De manière générale, et ce dans toute l'Europe, les hommes sont plus touchés par un cancer et en meurent plus que les femmes. En France où leurs taux sont particulièrement élevés (de 10 à 25 % supérieurs à ceux des autres pays européens), les cancers sont d'ailleurs, depuis 1989, la première cause de mortalité chez les hommes avec près de 90 000 décès par an, soit 1,6 fois plus que pour les femmes.
Chez l'homme, les quatre grandes localisations, responsables chacune de plus de 15 000 nouveaux cas par an, sont le cancer de la prostate (avec 26 000 nouveaux cas/an), les cancers des voies aérodigestives supérieures, (bouche, larynx, œsophage), le cancer du poumon - deux types de cancer liés à une consommation excessive d'alcool et de tabac - et les cancers colorectaux. Le chiffre élevé des décès masculins s'explique : les hommes ne sont pas attentifs aux premiers signes évocateurs, ne consultent pas assez rapidement et, pendant ce temps-là, le cancer évolue et devient plus difficile à traiter...
BPCO : le tabac responsable Autre maladie due au tabac, donc essentiellement masculine - mais qui se féminise de façon préoccupante : la broncho-pneumopathie chronique obstructive (ou BPCO). Malheureusement, les problèmes respiratoires évoluent en silence sur 20 ou 30 ans ; le fumeur s'habitue peu à peu à un essoufflement qui s'aggrave, réduit ses activités physiques pour ne pas peiner et consulte quand les dégâts sont irréversibles.
Seuls l'arrêt (total et définitif) du tabac et le réentraînement à l'effort physique(2), associés à un traitement par bronchodilatateurs, permettent, quand il est encore temps, de retrouver une certaine autonomie.
Le cœur plus fragile Les hommes ont aussi le cœur plus fragile. Là encore, à cause du tabagisme et de l'alcoolisme mais aussi de l'alimentation, en général plus riche en graisses que celle des femmes. Ces prochaines années, celles-ci sont amenées à avoir davantage d'infarctus du myocarde et de problèmes cardiovasculaires dans leur ensemble (insuffisance cardiaque, accidents vasculaires cérébraux...) mais, pour l'instant, elles sont encore moins nombreuses à en souffrir et à en mourir.
Chez la femme, les problèmes sont aussi retardés dans le temps. En effet, alors que, chez l'homme, les maladies cardiaques croissent de façon linéaire, chez le sexe dit faible, les chiffres sont très bas durant les quatre premières décennies de la vie et augmentent fortement à partir de 50 ans, c'est-à-dire après la ménopause. Explication : les hormones (estrogènes), sécrétées par les femmes jusqu'à cet âge, les protègent des maladies cardiovasculaires. Elles diminuent, en effet, le taux de mauvais cholestérol (LDL-cholestérol) et augmentent le bon (HDL-cholestérol).
Anxiété et dépression plus graves Le stress, l'anxiété, la dépression font aussi de gros dégâts chez les hommes. À vrai dire, les femmes sont tout autant concernées, mais les comportements sont différents. En effet, à la différence de la femme, l'homme a d'abord tendance à prendre de l'alcool (qui a des effets sédatifs et euphorisants) et/ou à fumer pour faire baisser son niveau de stress.
Contrairement aux femmes qui portent plus d'attention à leur santé et qui anticipent davantage, les hommes consultent peu pour une anxiété. La femme parle plus facilement de ses angoisses et n'hésite pas à se confier. Le Pr Maurice Ferreri, chef du service de psychiatrie à l'hôpital Saint-Antoine (Paris) reconnaît qu'il reçoit en consultation deux fois plus de femmes stressées que d'hommes. Selon lui, la femme sait aussi établir un réseau relationnel qui lui permet d'endiguer ses moments d'angoisse aiguë. Pas l'homme. Il est rare qu'un homme téléphone à un ami pour lui dire : viens me voir, je n'en peux plus. L'homme doit être fort et on ne lui permet pas ces faiblesses....
Chez le sexe fort, les manifestations de l'anxiété sont plutôt aiguës et plus importantes que chez les femmes. Quand elle se manifeste pour de bon, elle devient massive et dangereuse. Les passages à l'acte impulsifs sont en général plus graves. Les femmes font certes plus de tentatives de suicide, mais elles les réussissent deux fois moins que les hommes... Mêmes retards et mêmes hésitations pour la dépression masculine. Du coup, la maladie est diagnostiquée à un stade plus avancé et les troubles sont plus profonds, plus installés.
Quand le sexe est en berne En revanche, quand il s'agit de troubles du dysfonctionnement érectile comme on dit aujourd'hui, plus simplement de troubles sexuels, les hommes abordent plus volontiers le sujet chez leur médecin qu'il y a quelques années. Il faut dire que le sildenafil et, plus récemment, un médicament au mécanisme d'action différent et des injections intra-urétrales de prostaglandines(3), sont passés par là. Tant qu'il n'y avait pas de traitement efficace, il ne servait pas à grand-chose de consulter, c'est du moins ce que pensaient les hommes, déjà réticents à en parler.
En réalité, les dysfonctionnements érectiles ont toutes sortes de causes et ne relèvent pas nécessairement de ces traitements. Ils peuvent être d'origine psychologique ou dus à un médicament (certains anti-hypertenseurs et psychotropes), ou encore à une maladie (un diabète par exemple). Le tabac aussi est une cause fréquente d'impuissance, on l'oublie : passé 60 ans, les fumeurs ont deux fois plus de troubles de l'érection que les non-fumeurs. C'est au médecin, en fonction du diagnostic mais aussi des contre-indications des différents traitements, de proposer le mieux adapté.
Evelyne Gogien
1. Chef du service de psychiatrie à l'hôpital Paul-Brousse, Villejuif, et auteur d'un rapport, remis l'an dernier au Directeur général de la Santé, sur le repérage et la prise en charge précoce de l'usage des substances psycho-actives et sur les comportements à risque.
2. Dans des consultations antitabac des centres antitabac ou des hôpitaux (liste sur le site de la Société de pneumologie de langue française www.splf.org).
3. Des injections intracaverneuses existaient déjà.
Prostate : adénome ou cancer ? En vieillissant, les hommes ont très souvent des problèmes pour uriner (troubles mictionnels). À cause de la prostate, une glande située à la base de la vessie et traversée par un conduit (l'urètre) qui achemine l'urine jusqu'à l'extrémité du gland.
Avec l'âge, la prostate augmente de volume et forme un adénome prostatique, autrement dit une tumeur bénigne qui comprime de plus en plus le canal de l'urètre et retentit sur la vessie. L'écoulement du flux urinaire devient alors difficile, incomplet et les envies plus fréquentes. Quand la gêne est importante (se lever plusieurs fois par nuit par exemple) ou les troubles sérieux (rétention douloureuse, infection...), le médecin propose, selon les cas, un traitement médicamenteux ou chirurgical.
Le cancer de la prostate, qui se développe au niveau de l'enveloppe, peut donner les mêmes symptômes, du moins à un certain stade, mais il est beaucoup plus grave - d'où l'intérêt d'un dépistage précoce, essentiellement par un toucher rectal et un dosage sanguin du PSA (antigène spécifique du tissu de la prostate),à partir de 50 ans et tous les ans.
Pour en savoir plus, se reporter au récent livre, très complet, avec des schémas clairs, du Pr Bernard Debré Tout savoir sur la prostate, Éditions Favre, 2001, 19,90 e.
Se (re)faire des cheveux Bien que la boule à zéro de Fabien Barthez fasse des émules, les hommes sont de plus en plus demandeurs de traitements anticalvitie, médicamenteux et chirurgicaux. Les lotions antichute (en cures, une à deux fois par an), les vitamines, oligo-éléments et minéraux (B2, B6, B12, zinc, magnésium...) permettent de ralentir ou de prévenir des chutes de cheveux épisodiques.
Mais quand la chevelure commence à s'amenuiser, deux médicaments - une lotion et des comprimés - stabilisent le processus de l'alopécie androgénétique.
À condition de s'y prendre tôt. Au-delà, la solution est chirurgicale : la technique de la microgreffe (sous anesthésie locale) donne les résultats les plus naturels. Cheveu par cheveu sur le devant du crâne, très visible, ou 4 ou 5 cheveux à la fois, pour densifier l'arrière de la zone frontale. Les cheveux - plus exactement les bulbes capillaires - sont prélevés d'un site programmé génétiquement pour ne pas se dégarnir (la couronne hippocratique). Au cours d'une séance de 2 heures, le chirurgien peut implanter 2 500 à 3 000 cheveux, mais des séances plus longues (4 heures) sont possibles. Quand la calvitie s'aggrave, on peut refaire d'autres séances (5 ou 6 en moyenne au cours d'une vie).
Cancer : les symptômes à prendre au sérieux - Une anomalie dans la bouche ou la gorge (un aphte isolé qui ne guérit pas, s'agrandit et fait mal) ou une voix enrouée sans raison apparente durant plus de 2 semaines, peuvent être les signes d'un cancer de la bouche, de la gorge ou du larynx.
- Une toux récente qui persiste ou une toux ancienne qui se modifie doit faire penser à un cancer du poumon, essentiellement chez les fumeurs. Une toux accompagnée de crachats avec des filets de sang est un signal d'alerte très sérieux. Autres signes évocateurs du cancer du poumon : infections pulmonaires à répétition, essoufflement, douleurs au niveau du thorax ou des épaules irradiant dans le cou ou un bras, amaigrissement, fatigue, œdème au visage et au cou, ganglions dans la partie basse du cou ou dans les salières (creux derrière les clavicules).
- Des difficultés anormales à avaler, des douleurs digestives régulières, des troubles intestinaux inhabituels, des coliques, des maux de ventre gazeux récents, des selles contenant du sang peuvent être des signes de cancer digestif.
- Du sang dans les urines peut être dû à un cancer de la vessie, du rein ou de la prostate.
Sa présence n'est jamais normale.
- Des difficultés à uriner (envies fréquentes, flux plus faible, rétention...) peuvent aussi bien évoquer un cancer de la prostate qu'une augmentation de la prostate liée au simple vieillissement.
Dans le doute, à signaler au médecin.
- Une grosseur qui se développe sans raison au niveau d'un testicule, et généralement accompagnée de douleur, de lourdeur ou de tension, est peut-être une tumeur testiculaire.
- Un grain de beauté bizarre (qui change de couleur ou de forme, s'agrandit, démange ou saigne) doit impérativement faire penser à un mélanome en développement. Une croûte qui se forme ou persiste, une ulcération qui ne cicatrise pas peuvent aussi constituer un début de cancer de la peau.
- Une grosseur localisée sur une partie du corps (aine, aisselle, cou...), une enflure inexpliquée, même non douloureuses, qui s'accompagnent de fatigue, de transpiration importante la nuit, d'une perte de poids, peuvent être les signes d'un cancer des ganglions ou d'un lymphome.
La peau des hommes Aujourd'hui, les hommes se préoccupent davantage de leur corps, de leur apparence. Au point qu'on trouve des autobronzants et des produits bonne mine réservés aux hommes. Sans aller jusque-là, les hommes ont actuellement à leur disposition des gammes complètes de produits pour le visage et le corps adaptés à leur peau, différente de celle des femmes.
Des produits de rasage : gel moussant antibactérien ou pain dermatologique pour éliminer les impuretés et l'excès de sébum avant le rasoir, crème ou mousse contenant adoucissants et antiseptiques pour respecter le film hydrolipidique pendant le rasage, et crème hydratante, apaisante et protectrice, en après-rasage (fini la lotion alcoolisée irritante !). Des produits de soins : crème hydratante (mais non grasse car la peau masculine produit plus de sébum), crème antivieillissement contenant des filtres anti-UVA et UVB et des antiradicalaires (mais non parfumée) pour renforcer les défenses de la peau, tonifier les traits et protéger du soleil. Et même des produits de gommage, adaptés à leur peau, plus épaisse et plus granuleuse, pour éliminer les cellules mortes et stimuler le renouvellement cellulaire.
L'andropause On utilise souvent le terme d'andropause par analogie avec celui de ménopause. En réalité, le processus hormonal n'est pas tout à fait le même. Chez la femme, ménopause veut dire arrêt des règles, en rapport avec une baisse assez brutale du fonctionnement des ovaires et donc du taux d'estrogènes. Chez l'homme, la diminution de la production d'androgènes (testostérone) n'est pas systématique, elle est généralement plus tardive, progressive, plus ou moins importante selon les individus. Et contrairement à ce qui se passe chez la femme, ses manifestations ne sont pas nettes. Elles peuvent se confondre avec celles, banales, du vieillissement - fatigue, troubles de l'humeur, troubles de la mémoire, diminution de la force et des muscles, obésité abdominale, baisse de l'activité sexuelle, etc. - et avoir d'ailleurs plusieurs causes. En fait, le signe le plus spécifique de l'andropause est la disparition ou la raréfaction des érections automatiques nocturnes ou matinales... Pour l'instant, les médecins ne prescrivent pas de traitements hormonaux substitutifs chez l'homme - sauf en cas de déficit pathologique en testostérone - car ils redoutent des effets néfastes (cancer de la prostate, problèmes cardiovasculaires). À suivre. Source : Bien-être et Santé
|