Partout dans le monde, le diabète (de type 2) augmente, au point que le Pr Passa parle d'explosion de type épidémique. Depuis une dizaine d'années, l'OMS (Organisation mondiale de la santé) multiplie les actions de surveillance de la maladie et d'information des populations sur tous les continents. Sans grand résultat jusqu'ici. En 1985, seulement 30 millions de personnes étaient atteintes mais, d'après les dernières estimations, le nombre de diabétiques, déjà passé à 180 millions en 2000, devrait tourner autour de 250 millions d'ici à 2010 et de 370 millions en 2030 !
Des malades qui s'ignorent La France ne fait pas exception. 2 millions de personnes sont soignées par des médicaments pour un diabète de type 2, auxquels il faut ajouter 150 000 diabétiques de type 1, environ 200 000 diabétiques de type 2 diagnostiqués, traités par le simple régime, et très probablement 500 000 diabétiques non dépistés qui, par conséquent, s'ignorent, estime le Pr Philippe Passa. Soit au total près de 3 millions de diabétiques.
Même si le pourcentage de diabétiques est moins élevé en France (3,5 à 4 %) qu'aux États-Unis (15 %), c'est énorme. Et les chiffres vont encore augmenter car la population française vit plus longtemps et vieillit, a expliqué le Pr Michel Pinget (chef du service Endocrinologie, diabète et maladies métaboliques, hôpitaux universitaires de Strasbourg*) aux récents Ateliers Aventis. Le diabète est une maladie liée à l'âge. Il augmente dans la même proportion que l'espérance de vie. On observe, comme dans toute l'Europe, un papy-boom lié au baby-boom d'après-guerre.
L'alimentation moderne (fast-food, friandises, glaces, boissons gazeuses sucrées...), très prisée des jeunes mais qui favorise l'obésité, ou encore l'urbanisation et la mécanisation de la société, causes de sédentarité, sont aussi responsables de l'explosion du diabète. Mais seulement du diabète de type 2. Attention à ne pas confondre les deux diabètes.
Diabète de type 1 : 10 % des cas Le diabète de type 1 (insulinodépendant) est le moins fréquent des deux. C'est une maladie d'origine auto-immune. En clair, le système immunitaire qui normalement défend l'organisme contre ce qui l'attaque a une réaction anormale : il se met à produire des anticorps dirigés contre les cellules du pancréas considérées par erreur comme étrangères. Ces cellules bêta sont ainsi progressivement détruites. Or, elles produisent l'insuline, une hormone qui a une importance vitale puisqu'elle permet à nos organes de prélever le glucose dans le sang qui les irrigue ; les cellules ont besoin de ce carburant. Si l'organisme vient à manquer d'insuline, le glucose n'est ni consommé ni stocké et l'organisme ne dispose plus que de ses réserves de graisses pour fonctionner. Conséquences : un amaigrissement et, plus grave, la production de déchets toxiques qui risquent d'entraîner rapidement la mort. Seule solution : apporter de l'insuline à l'organisme.
On ne sait toujours pas pourquoi le système immunitaire a une telle réaction mais les chercheurs pensent que le diabète de type 1 est le résultat d'une interaction entre des facteurs génétiques
- une prédisposition héréditaire - et des influences extérieures (infections virales, erreurs alimentaires dans la petite enfance...). Dans la majorité des cas, ce type de diabète se déclare de façon brutale avant l'âge de 30 ans, surtout entre 10 et 14 ans. Les premiers signes sont caractéristiques : besoin fréquent d'uriner, faim et soif excessives qui ont pour but de compenser la perte d'eau et de calories, épuisement, infections à répétition, perte de poids.
Diabète de type 2 : lié à l'obésité Plus fréquent et plus pernicieux, le diabète de type 2, se développe généralement après 45 ans et commence par une résistance à l'insuline. À l'origine, la production d'insuline est normale, mais les cellules deviennent de moins en moins sensibles à son action et ne peuvent plus prélever le glucose dans le sang. Pour compenser cette insulinorésistance et abaisser la glycémie, le pancréas produit davantage d'insuline, mais il s'épuise et finalement cette production diminue. Quand ce phénomène d'adaptation disparaît, le taux de glucose dans le sang augmente. Résultat : une hyperglycémie chronique, explique le Pr Philippe Passa. À la longue, cet excès de sucre dans le sang encrasse tous les vaisseaux sanguins, des grosses artères jusqu'aux capillaires. Les organes, moins bien irrigués, finissent par se détériorer. D'où des complications graves si le diabète n'est pas traité à temps.
Les personnes obèses ont un risque particulièrement élevé de développer ce type de diabète. Pourquoi ? D'après les recherches les plus récentes, parce que les acides gras participent directement à l'apparition d'une résistance à l'insuline. Cela dit, toutes les personnes ayant une forte surcharge pondérale ne développent pas un diabète de type 2, ce qui plaide aussi en faveur d'une composante héréditaire de la maladie. Une chose est sûre : l'augmentation des chiffres du diabète suit l'augmentation de l'obésité, liée au mode d'alimentation américain. Un signe qui ne trompe pas : aux États-Unis, depuis une dizaine d'années, les centres de diabétologie voient arriver des enfants ou des adolescents atteints de diabète de type 2, directement lié à l'obésité. En France, plusieurs cas ont déjà été enregistrés.
Les symptômes du diabète de type 2 étant beaucoup moins évidents que ceux du type 1, le diagnostic peut mettre des années. Des années pendant lesquelles la maladie évolue et fait des dégâts.
Jusqu'à la cécité ou la dialyse Quand le diabète de type 2 n'est pas dépisté tôt, la maladie est révélée par des complications. Le plus souvent rétiniennes. La rétinopathie (atteinte de la rétine) apparaît en effet au bout de 6 à 9 ans d'évolution du diabète (méconnu ou mal contrôlé)... On le sait peu, le diabète est le principal responsable de la cécité de l'adulte dans les pays industrialisés. Sous l'action du diabète, les petits vaisseaux qui irriguent la rétine se détériorent et entraînent des troubles oculaires, de la baisse de la vision jusqu'à la cécité ; mais bien surveillé, bien traité, un diabétique ne doit pas avoir de baisse de la vision, rappelle le Pr Philippe Passa.
Autre complication trop fréquente : la néphropathie (atteinte rénale). Les reins laissent passer trop d'albumine. Les capacités de filtration et d'épuration des déchets de l'organisme se trouvent peu à peu débordées. Les reins parviennent encore à fonctionner jusqu'à l'apparition d'œdèmes diffus, de nausées, de vomissements, de fatigue, mais, c'est toujours le même problème, la maladie n'est annoncée par aucune douleur, aucun signe avant-coureur. Et quand la fonction rénale ne fonctionne plus qu'à 10 %, la dialyse (le rein artificiel) est indispensable.
Trop d'amputations Le mécanisme est identique au niveau du cœur et du cerveau. Chez les diabétiques, les accidents vasculaires cérébraux sont deux fois plus fréquents et la moitié des décès est due à un infarctus du myocarde. Comme, en plus de leur maladie, les diabétiques ont souvent trop de cholestérol et sont hypertendus (2 sur 3), le risque de complications cardiovasculaires est particulièrement élevé : il est multiplié par 3 par rapport à des patients non diabétiques de même sexe et de même âge...
L'atteinte des artères coronaires peut se manifester par des douleurs en étau dans la poitrine, des palpitations, des essoufflements passagers, une gêne à l'effort ; mais souvent, elle passe inaperçue... jusqu'à l'infarctus. Il en va de même pour les carotides qui irriguent le cerveau : l'accident vasculaire cérébral n'est pas toujours précédé de signes avant-coureurs (perte momentanée de la vision, paralysie transitoire...).
Les lésions des membres inférieurs sont tout aussi graves. Un chiffre parlant : chaque année, le diabète est la cause de 8 000 amputations de la jambe ou du pied qui pourraient être prévenues. Là encore, les artères se bouchent peu à peu, notamment au mollet, provoquant une artérite. Plus petites que les coronaires, les artères des jambes ne peuvent pas toujours être sauvées par un pontage chirurgical. Privés d'oxygène, les tissus et les muscles finissent par se nécroser, la gangrène s'installe et l'amputation est alors la seule solution.
À l'artérite, est souvent associée une neuropathie (atteinte des nerfs), ce qui n'arrange rien.
Pour qui le dépistage ? Le diabète de type 1 ne reste pas longtemps ignoré. Et pour cause : quand l'insuline n'est plus sécrétée, le taux de glucose dans le sang grimpe et provoque des symptômes caractéristiques. Le besoin de boire et d'uriner souvent suffit à évoquer un diabète et le traitement peut commencer rapidement : plusieurs injections d'insuline par jour et une alimentation équilibrée.
Il en va tout autrement du diabète de type 2 qui ne se traduit par aucun signe alarmant et peut donc échapper de longues années au diagnostic. Dans ces conditions, quand se faire dépister ? et qui ? À partir de 45 ans, tous les deux ans si vous faites partie des personnes à risque : si vous avez un ou plusieurs diabétiques dans votre famille proche, si (pour les femmes) vous avez eu un diabète pendant vos grossesses et/ou des gros bébés de plus de 4 kg, ou si vous avez un surpoids (avec répartition des graisses sur le visage et l'abdomen). Le dosage de la glycémie (en laboratoire) est réalisé à jeun après 8 à 12 heures sans manger ni boire.
Ne vous fiez pas aveuglément aux analyses d'urine de routine, faites dans le cadre de la médecine du travail par exemple. Celles-ci détectent seulement un taux de sucre assez élevé, correspondant à 1,80 g/l dans le sang. Vous pouvez donc être déclaré négatif à l'analyse d'urine et pourtant avoir un diabète.
Antidiabétiques oraux et insuline Les médicaments antidiabétiques par voie orale sont essentiellement de trois types. La metformine qui agit sur l'insulinorésistance (en favorisant l'entrée du glucose dans les cellules) est particulièrement indiquée chez les obèses. Les sulfamides hypoglycémiants stimulent la sécrétion d'insuline dans le pancréas défaillant. D'autres médicaments qui ralentissent l'absorption des glucides dans l'intestin sont réservés aux diabètes de type 2 légers ou aux patients très âgés. En fait, note le Pr Passa, le traitement, toujours au cas par cas, varie selon le profil du patient et il faut souvent l'adapter en fonction des dosages de l'hémoglobine glyquée ou HbA1c. Ces dosages doivent être réguliers (3 ou 4 fois par an), ce qui est encore loin d'être le cas en France... Si deux antidiabétiques oraux de classes différentes, pris à la dose maximale, ne suffisent pas à équilibrer la glycémie, il est inutile d'en ajouter un troisième. Mieux vaut passer sans tarder à l'insuline comme s'il s'agissait d'un diabète de type 1. C'est alors la seule façon d'éviter les complications.
Depuis sa découverte en 1921, l'insulinothérapie a fait de gros progrès. Aujourd'hui, les diabétiques disposent de différents types d'insuline agissant plus ou moins rapidement et durablement et de stylos injectables faciles à manier dont ils peuvent adapter la dose d'insuline en fonction de leur glycémie (lue sur un petit appareil après prélèvement d'une goutte de sang sur le bout du doigt). Une insuline lente agissant sur 24 heures, sans fluctuations, bientôt commercialisée en France, va encore faciliter la vie de nombreux patients, pense le Pr Passa.
Sport et alimentation équilibrée Un bémol : contrairement aux diabétiques insulinodépendants, les diabétiques de type 2 suivent souvent mal leur traitement car ils se portent bien très longtemps. Même constat pour l'hygiène de vie, pourtant indispensable. Des études ont bien montré qu'une alimentation équilibrée, une perte de poids et une activité physique ou sportive régulière permettaient de réduire les quantités de médicaments et de mieux contrôler la maladie.
La diététique des diabétiques est en fait assez simple. Plus question aujourd'hui de supprimer totalement les glucides mais seulement de limiter les sucres rapides et les graisses. En définitive, des recommandations que tout le monde devrait respecter pour rester en forme...
Evelyne Gogien
* Et Secrétaire général de l'Association française des diabétiques (AFD).
Deux diabètes
- Le diabète de type 1, appelé aussi insulinodépendant, apparaît le plus souvent avant l'âge de 20 ans, de façon brutale. Le pancréas ne produit pas ou peu d'insuline, une hormone qui régule le glucose nécessaire aux cellules. Il faut donc lui en apporter sous forme d'injections. Le type 1 concerne 10 % des diabétiques.
- Le diabète de type 2, qui survient en général après 45 ans, est beaucoup plus fréquent. Il s'installe progressivement, surtout chez des personnes en surcharge pondérale (80 % de ces diabétiques sont obèses), et passe longtemps inaperçu. Quand régime et sport ne suffisent pas ou plus à maintenir la glycémie dans des limites normales, des médicaments s'imposent, voire des injections d'insuline.
Quel contrôle ?
- Dosage de la glycémie : pour le dépistage
La glycémie - c'est-à-dire le taux de sucre dans le sang - est considérée comme normale entre 0,80 et 1,10 g/l à jeun et entre 1,20 et 1,40 g/l une heure après le repas.
Quand la glycémie (à jeun) est égale ou supérieure à 1,26 g/l (ou 7 mmol/l) à deux reprises, le taux de sucre dans le sang est excessif et le médecin diagnostique un diabète.
- Dosage de l'hémoglobine glyquée : pour le suivi
En plus de son autosurveillance glycémique quotidienne (sur une goutte de sang), le diabétique doit faire un dosage de l'hémoglobine glyquée ou HbA1c (en laboratoire d'analyses) tous les 3 ou 4 mois. Et non plus, comme dans un passé proche, un dosage de la glycémie qui ne représente qu'un instantané de la maladie. Le dosage de l'HbA1c, au contraire, reflète le niveau moyen du taux de sucre dans le sang durant les deux derniers mois. C'est, selon les termes du Pr Passa, la boîte noirede l'équilibre glycémique.
Normalement, elle est comprise entre 4 et 6 %. Si l'hémoglobine glyquée dépasse 8 % (après 2 contrôles successifs), le traitement du diabète doit être revu et adapté sous peine de complications. Un taux de 6,5 ou 7 % peut être considéré comme normal, mais si vous avez d'autres facteurs de risque associés (hypertension, taux de cholestérol élevé, tabagisme...), le médecin considérera que votre diabète doit être traité.
Des associations utiles
Plusieurs associations donnent des informations précieuses sur la maladie, les réglementations en vigueur à l'école ou au travail et permettent d'entrer en contact avec d'autres diabétiques :
- Association française des diabétiques, 58 rue Alexandre Dumas, 75544 Paris Cedex 11, tél. 01 40 09 24 25 Internet www.afd.asso.fr
- Aide aux jeunes diabétiques, 17 rue Gazan, 75014 Paris, tél. 01 44 16 89 89
Internet www.ajd-educ.org
- Ligue des diabétiques de France, 1 rue Ségure, 64000 Pau, tél. 05 59 32 36 01, fax 05 59 72 97 75.
- Il existe aussi des Maisons du diabète, essentiellement dans le Nord de la France (6 à ce jour), installées dans des quartiers un peu défavorisés.
Au départ tenues par des bénévoles puis, rapidement débordées, avec l'aide de salariés (infirmières, médecins, psychologues...), elles fonctionnent grâce aux subsides des caisses d'Assurance maladie départementales et régionales et aux dons de sociétés privées.
Union des Maisons du diabète, 124 rue Raymond Derain, 59700 Marq-en-Baroeul, tél. 03 20 72 32 82, fax 03 20 65 25 22. Source : Bien-être et Santé
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