Toutes les hépatites d’origine virale ne sont pas d’égale gravité. La plupart évoluent spontanément vers la guérison en quelques semaines. Certaines deviennent cependant chroniques. Mais comme la majorité d’entre elles ne se manifestent par aucun symptôme, elles passent inaperçues et c’est bien souvent au stade de la cirrhose que la maladie, devenue chronique, est découverte.
En France, on estime que 600 000 personnes souffrent d’une hépatite virale chronique C et environ 100 000 d’une hépatite virale chronique B. La plus répandue dans le monde, l’hépatite A, est aussi, fort heureusement, la moins grave puisqu’elle ne devient jamais chronique.
Hépatite A : un vaccin (non remboursé)
L’hépatite A – pour commencer par ordre alphabétique – est une maladie des pays pauvres, liée à de mauvaises conditions d’hygiène. Elle est donc assez rare en France, mais elle peut se contracter dans des zones d’endémie, en Afrique ou en Asie. La contamination, surtout infantile, se fait par voie digestive. Dans 90 % des cas, les personnes infectées fabriquent des anticorps qui les immunisent à vie sans même qu’elles s’en rendent compte. Avec l’âge cependant, la maladie peut devenir grave. Tout commence – dans le mois qui suit la contamination – par une "pseudo-grippe" avec fièvre, maux de tête, troubles digestifs, douleurs abdominales, parfois articulaires et musculaires. Ensuite, le teint devient jaune et le reste pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Puis les symptômes disparaissent graduellement jusqu’à la guérison totale. Mais dans un peu moins de 1 cas sur 1 000, l’hépatite est fulminante et rapidement mortelle.
Au total, en France, entre 12 000 et 15 000 cas – avec symptômes – sont enregistrés chaque année, dont 3 000 sont liés à un voyage dans un pays à risque. Pour éviter d’être contaminé, des mesures d’hygiène sont indispensables, même dans des grands hôtels : lavage soigneux des mains après un passage aux toilettes, pas d’eau du robinet ni de glaçons, pas de produits de la mer crus ou peu cuits, fruits et légumes pelés ou cuits. Mais la prévention la plus efficace est la vaccination (non remboursée) qui protège pendant au moins 10 ans. Pour l’heure, elle est seulement recommandée aux voyageurs et aux professions de santé. Mais il faut être vigilant, pense le Dr Melin. "Les Français voyagent de plus en plus et un peu partout, du Maroc à la Thaïlande, et vont donc s’exposer à un virus certes anodin pendant l’enfance mais qui l’est beaucoup moins à l’âge adulte. Comme l’hygiène en France est bonne, l’hépatite A a quasiment disparu et la population adulte n’a jamais été en contact avec le virus… Par ailleurs, si, pour une raison ou une autre, le pays connaît une phase de régression économique grave, les épidémies peuvent repartir. On l’a vu récemment en Yougoslavie… "
Hépatite B : une catastrophe annoncée ?
La contamination par le virus de l’hépatite B passe également inaperçue dans la majorité des cas et quand elle se manifeste, les symptômes ne sont guère différents. Comme l’hépatite A, elle peut aussi être fulminante et mortelle. Mais elle s’en distingue par d’autres aspects : sa transmission par voie sanguine et surtout sexuelle (homo et hétérosexuelle), et son évolution possible vers la chronicité.
Ce sont les jeunes qui paient le plus lourd tribut car ils sont exposés à deux facteurs de risque propres à leur âge : un grand nombre de partenaires sexuels et la toxicomanie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est vivement conseillé de vacciner les enfants avant qu’ils n’entrent dans cette tranche d’âge à haut risque. "Mais c’est difficile à faire comprendre aux jeunes mères de famille. Le médecin a beau expliquer que, certes, leur enfant de 5 ou 6 ans ne risque rien pour l’instant, mais que c’est le meilleur moment pour le vacciner (il n’y a aucun risque à cet âge) et qu’à l’adolescence, elles ne savent pas s’il deviendra toxicomane, homosexuel ou s’il aura des partenaires sexuels multiples, elles préfèrent attendre… C’est dommage, nous risquons de le payer cher dans 15 ans", déplore le Dr Pascal Melin. "L’hépatite B est une maladie potentiellement grave. On peut en mourir en un mois de temps quand elle est fulminante (actuellement 10 à 15 cas par an en France). Et dans 10 % des cas, la maladie devient chronique, évolue au bout de quelques années vers une cirrhose voire un cancer du foie (hépatocarcinome)."
En France, il est vrai, les esprits sont encore marqués par la suspension, en 1998, de la vaccination contre l’hépatite B à l’école. On accusait le vaccin de favoriser la survenue d’une sclérose en plaques. Aujourd’hui, les études internationales ont bien montré que le risque de développer cette maladie n’était pas différent chez les personnes suivies pendant 3 ans, qu’elles aient été vaccinées ou non. Mais, en France, le doute persiste… "Le seul procès que l’on pourrait faire aux pouvoirs publics est d’avoir entrepris une vaccination de masse. On a, pendant une période, vacciné un peu tout le monde et non pas uniquement les personnes "cibles".
Ce faisant, l’objectif de santé publique a été dépassé et on a sans doute pris quelques risques. On sait aujourd’hui que le vaccin contre l’hépatite B ne provoque pas la maladie mais qu’il
peut révéler une sclérose en plaques latente… La vaccination est un acte médical ; il faut que le médecin interroge la personne sur ses antécédents familiaux et personnels. Si cela avait été mieux fait, on se serait aperçu que, dans 50 % des cas au moins, les personnes qui ont fait une sclérose en plaques présentaient des contre-indications à ce vaccin (elles figurent dans la notice) ou qu’elles avaient déjà des petits signes évocateurs d’une poussée de sclérose en plaques", conclut-il.
Du nouveau dans le traitement
Bonnes nouvelles du côté des traitements et de la recherche. Tout d’abord, les malades souffrant d’hépatite B chronique vont pouvoir bénéficier de la forme retard de l’interféron, moins pénible à supporter (1 injection par semaine au lieu de 3 jusqu’ici), comme c’est déjà le cas pour les malades souffrant d’hépatite C chronique. Ensuite, les médecins ont compris que l’hépatite B était beaucoup plus proche de l’infection par le VIH que de l’hépatite C, en ce sens que la guérison complète est beaucoup plus difficile à obtenir. On a d’ailleurs testé avec succès des antiviraux initialement réservés au sida, en particulier la lamivudine (1 comprimé par jour). Cette molécule stabilise en effet la maladie, mais, malheureusement avec le temps les malades deviennent résistants au traitement : 30 % au bout d’un an et 65 à 70 % après 5 ans. L’espoir est cependant de mise. "Nous en sommes aujourd’hui à peu près au même stade qu’avec le sida en 1987-88. Jusqu’ici, la stratégie thérapeutique consistait à utiliser les différentes molécules à notre disposition les unes après les autres. Nous faisons maintenant des combinaisons de plusieurs médicaments oraux de façon à limiter les résistances", explique Pascal Melin.
Autre perspective prometteuse : plusieurs molécules récentes utilisées dans le sida devraient l’être aussi dans l’hépatite B. On s’est en effet aperçu par hasard, chez des patients co-infectés par le VHB et le VIH, que certaines molécules étaient également efficaces contre le virus de l’hépatite B.
Hépatite C : chronique dans 80 % des cas
20 % seulement des personnes infectées par le virus de l’hépatite C guérissent toutes seules. Pour les autres, l’hépatite C devient chronique et, sans traitement, évolue en cirrhose puis en cancer du foie. Elle touche donc plus de monde que l’hépatite B, mais elle se transmet aussi essentiellement par voie sanguine. Chez les transfusés jusqu’en 1992 et aujourd’hui surtout chez les toxicomanes, par le partage de seringues et de matériel infecté. Chaque année, 4 000 à 5 000 nouvelles contaminations sont dues à l’usage de drogues. Les autres cas (1 000 par an environ) sont attribués au piercing, au tatouage et aux infections nosocomiales, autrement dit contractées à l’hôpital par l’intermédiaire de matériel contaminé.
"Le virus de l’hépatite C est beaucoup plus résistant que le virus du sida", dit le Dr Melin. "Tous les plans de réduction des risques qui ont fonctionné chez les toxicomanes pour le VIH ont été inefficaces sur le VHC. Les contaminations par le VIH ont baissé parce que les toxicomanes n’échangent plus leurs seringues mais ils continuent d’échanger leurs pailles (pour sniffer) et de manipuler des cotons ensanglantés ou des cuillers qui ont été en contact avec du sang. Pour le virus de l’hépatite C, c’est suffisant…" Dans les centres de soins pour toxicomanes, l’information sur le sida est aussi beaucoup plus abondante que celle sur l’hépatite C. Résultat : on ne considère toujours
pas cette maladie comme mortelle. Pourtant un jeune qui se contamine en se shootant à 18 ans, va mettre 15 ou 20 ans pour développer une cirrhose, un peu moins s’il a fait des abus d’alcool, et risque d’en mourir, or à 35 ou 40 ans, il est encore jeune.
Plus de guérisons
Les traitements antiviraux – interféron pégylé (forme retard en 1 injection par semaine) + ribavirine – ont énormément progressé et permettent de guérir 2 malades sur 3. C’est la seule maladie chronique qui enregistre un tel taux de guérison ! Cela dit, les traitements restent encore difficiles à supporter (anémie, fatigue, dépression…).
Un point positif : nous savons aujourd’hui que si le malade prend 80 % de la dose d’interféron prescrite et 80 % de celle de ribavirine pendant au moins 80 % du temps idéal de traitement, il aura plus de trois-quarts de chances de guérison. L’enjeu, pour les prochaines années, va consister à gérer les effets secondaires des traitements pour que les patients puissent supporter les doses les plus élevées possibles et le plus longtemps possible pour augmenter encore les guérisons définitives.
Un espoir : même si les malades ne guérissent pas avec de l’interféron, le maintien de petites doses en traitement d’entretien permet de freiner l’évolution… et d’attendre l’arrivée de nouvelles molécules plus efficaces. Comme dans le sida.
Et un bémol : les malades bénéficient rarement d’un soutien psychologique et ont souvent du mal à mener de front leur vie familiale…
Evelyne Gogien
Plusieurs types de VHC
Les techniques de biologie moléculaire ont permis d’isoler plusieurs sous-types du virus de l’hépatite C (VHC) : ce sont les génotypes (de 1 à 6). En France, les plus fréquents sont dans l’ordre les génotypes 1, 3 et 2.
Il est important de connaître "son" génotype car certains sous-types sont plus sensibles au traitement et d’autres évoluent plus souvent vers des complications.
La durée du traitement dépend du génotype. Si vous êtes infecté
par un virus de génotype 2 ou 3, le traitement dure en général 6 mois. S’il s’agit du génotype 1 ou 4, le traitement est plutôt de 12 mois.
VHC : des problèmes de dépistage et de prise en charge
En 1998-99, une enquête avait permis d’évaluer que 350 000 Français ignoraient qu’ils étaient porteurs du virus de l’hépatite C. Et en 2004 ? Entre-temps,
des campagnes de dépistage ont été bénéfiques, mais on estime qu’aujourd’hui 100 000 à 200 000 personnes ne connaissent pas leur séropositivité au VHC.
"Il faudrait refaire une autre étude pour répondre. Mais à côté des porteurs
du VHC qui ne se font pas dépister, il y a aussi ceux et celles qui se savent atteints mais ne sont pas traités pour autant. Soit qu’ils aient reçu un premier traitement qui n’a pas "marché" et ne veulent plus en entendre parler,
soit que leur médecin ne les ait pas dirigés vers un spécialiste", précise
le Dr Pascal Melin. "Après la Journée nationale d’information sur l’hépatite C d’octobre 2002, l’association SOS Hépatites avait récupéré les coupons
des personnes détectées positives lors de cette journée. Nous avons ainsi pu constater que, dans la moitié des cas, le diagnostic n’avait pas été suivi
d’un traitement… L’hépatite C est encore trop souvent perçue comme
une maladie peu grave qui met du temps à évoluer et ne nécessite pas forcément un traitement. La peur de la biopsie hépatique (douloureuse et sous anesthésie locale)* et du traitement, il est vrai lourd et parfois difficile
à supporter, joue aussi un rôle important dans cette mauvaise prise en charge."
Résultat : seulement 12 000 personnes sont traitées par an et encore,
sur ces 12 000, la moitié en sont à leur second traitement après échec
du premier. Par conséquent, chaque année, seules 6 000 personnes contaminées reçoivent un premier traitement, ce qui est fort peu. "Au final, alors que
les traitements actuels sont très efficaces, le nombre de patients complètement guéris chaque année (un peu plus de 6 000) équivaut à peu près à celui des nouvelles contaminations par le VHC (environ 5 000 par an) – c’est-à-dire autant que par le VIH (sida). C’est catastrophique, mais qui le sait, qui en parle ?"
· Depuis un an, un test sanguin, pratiqué dans quelques laboratoires d’analyses, permet d’éviter la biopsie. Mais il n’est pas remboursé.
Les autres hépatites
Les hépatites A, B et C sont les plus fréquentes dans les pays occidentaux. Mais d’autres variétés d’hépatites
ont été mises en évidence.
· L’hépatite D ou delta est une forme particulière et grave de l’hépatite B (le virus delta parasite le virus B), mais beaucoup plus rare. Elle se transmet aussi par le sang. Les zones les plus touchées sont les pays du bassin méditerranéen, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Afrique occidentale, le bassin amazonien et l’Amérique du Sud. La vaccination contre l’hépatite B protège aussi contre l’hépatite D.
· L’hépatite E, qui se transmet par les eaux contaminées dans les pays en voie de développement (Asie centrale et du Sud-Est, Afrique équatoriale, Mexique), est exceptionnelle en France. Cette variété guérit spontanément et ne se chronicise pas, mais elle peut être grave chez les femmes enceintes et les personnes âgées (risque d’hépatite fulminante). Mieux vaut le savoir avant de partir en voyage. Il n’existe pas de vaccin ; seule parade : éviter de consommer l’eau du robinet et des glaçons, les aliments non cuits et les fruits ou légumes non pelés. Mais la liste ne va sans doute pas s’arrêter là. En fait, explique le Dr Melin, "nous savons qu’il existe d’autres hépatites virales transmissibles par le sang, des hépatites "Canada dry" en quelque sorte…
Nous voyons bien que certains malades ont le foie détruit mais nous ne savons pas encore par quels virus.
Pour éviter de découvrir, dans 10 ou 20 ans, les dégâts causés par un nouveau virus, il faudrait une bonne fois pour toutes prendre des précautions très strictes dans toutes les activités, médicales ou autres, qui touchent au sang. Les mesures de traitement spécifique des dons du sang ont quasiment supprimé le risque
de contamination par le virus de l’hépatite C lors d’une transfusion sanguine, mais qu’en est-il de ces virus encore inconnus ?"
Tatouage et piercing : méfiance !
Malgré une campagne gouvernementale d’information en direction des tatoueurs et des "piercers", le risque de contracter une hépatite C (ou un sida) par ce biais n’est nullement écarté en France. On continue d’enregistrer des nouveaux cas tous les ans. Les "opérateurs" en effet ne respectent pas toujours les consignes strictes qui leur ont été données (instruments à usage unique et hygiène irréprochable)."N’importe qui peut se déclarer tatoueur ou "piercer". La profession n’est pas reconnue et il n’existe pas de registre, il est donc très difficile de les toucher tous", avertit le Dr Melin. "Et quand ils sont informés, le message n’est pas toujours bien compris. Par exemple, j’ai observé un tatoueur qui utilisait bien des seringues à usage unique pour colorer ses dessins mais qui, avant de jeter l’aiguille d’encre rouge dont il venait de se servir, récupérait l’encre qui restait dedans. La raison : l’encre rouge est beaucoup plus chère que l’encre noire… Si le tatoué est porteur du VHC, l’encre rouge qui va servir au tatoué suivant risque de le contaminer."
Trouver de l’aide
En savoir plus
SOS Hépatites, BP 88, 52103
Saint-Dizier, site Internet www.soshepatites.org
e-mail sos.hepatites@wanadoo.fr
Cette association – cofondée
par le Dr Pascal Melin – réalise
des plaquettes d’information
sur les différentes hépatites,
le vécu quotidien des malades
et le suivi médical (sur demande). Elle publie aussi un bulletin périodique destiné aux malades atteints par les différents virus
des hépatites (par abonnement). Présente dans plusieurs régions,
elle peut vous communiquer
les coordonnées de l’association régionale ou départementale
la plus proche de votre domicile.
Écoute téléphonique
Pour obtenir des renseignements
sur les maladies, les structures
de soins et un soutien.
l SOS Hépatites : 03 25 06 12 12
(de 9 à 12 heures et de 14 à 22 heures)
l Hépatites info service :
0 800 845 800 (numéro vert)
Source : Bien-être et Santé
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