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Les troubles du langage

Thèmes Santé -> Enfant
publié le 02/03/2005
Qu'il s'agisse d'un trouble du langage oral ou écrit, seul un diagnostic (et donc un traitement et une rééducation) précoce permet d'espérer une récupération des fonctions d'expression et d'améliorer le pronostic.

Un phénomène complexe

Parmi les espèces animales, l'homme est le seul à avoir développé un système de communication oral et écrit. Comme pour toutes les fonctions supérieures, l'acquisition du langage est un phénomène extrêmement complexe, qui fait intervenir de multiples systèmes : possibilité d'imitation, de répétition et de mémorisation ; capacité d'associer un symbole à un ensemble de sons et inversement ; association structurée de différents symboles avec des significations différentes selon le contexte...

L'apprentissage et la reproduction du langage permettent à l'enfant puis à l'homme d'exprimer émotions et désirs, dans le domaine du concret et de l'abstrait, de communiquer avec ses semblables, et de devenir lui aussi le dépositaire d'une culture qu'il transmettra un jour.

Cependant, un apprentissage correct implique : l'intégrité et le bon fonctionnement de tous les mécanismes neurologiques sous-jacents et l'absence de lésions de la langue, du palais, des cordes vocales, du système dentaire... sans oublier l'audition. (Un enfant sourd ou malentendant ne peut répéter ce qu'il n'entend pas.)

Les troubles du langage sont souvent difficiles à expliciter clairement ; parfois liés à des handicaps (trisomie 21, autisme...) ou à des malformations, ils sont souvent fonctionnels. Cependant, quelle qu'en soit l'origine, le dépistage doit absolument être précoce, pour enrayer le retard scolaire mais aussi parce que certaines causes sont curables et que toute situation peut être améliorée.

Quelques points de repère

- Chez un enfant âgé de 3 à 6 mois, la perte du babillage ou l'absence de réaction aux bruits sont anormales.

- Si aucun mot n'est prononcé vers  24 mois et aucune ébauche de phrase formée vers 30 mois, il y a retard de langage.

- Entre 3 et 5 ans, les signes d'alerte se diversifient. Il existe un test simple qui permet aux parents de contrôler le développement de l'enfant : 2 ou 3 mauvaises réponses justifient une consultation :

- prend-il l'initiative de la parole ? (R : oui)

- comprend-il des phrases un peu longues ? (R : oui)

- construit-il correctement des phrases complexes en utilisant des pronoms, des prépositions, des conjonctions et des auxiliaires (être et avoir) ? (R : oui)

- a-t-il des difficultés pour exprimer ses idées ? (R : non)

- son discours manque-t-il de cohérence ? (R : non)

- déforme-t-il beaucoup les mots ? (R : non)

- a-t-il des troubles de l'élocution ? bégaie-t-il ? (R : non)

- À partir de 5 ans, essayez d'apprécier s'il comprend des notions spatiales et temporelles simples (sur/sous, entre, avant/après, matin/après-midi/soir) et quelles sont ses capacités graphiques (dessin du bonhomme, écriture du prénom...). Tout décalage trop important entre la compréhension et l'expression justifie, là encore, l'avis de votre médecin.

D'autres signes sont très évocateurs : utilisation de beaucoup de gestes pour communiquer ; voix criée ; enfant agressif, replié sur lui-même, inattentif ; mots toujours très déformés. Enfin, quels que soient l'âge et le niveau scolaire, un avis est toujours souhaitable quand la lecture est trop lente, avec de nombreuses erreurs de déchiffrage, une compréhension insuffisante et une mauvaise orthographe.

Consulter régulièrement
Dépister un trouble du langage n'est pas chose facile, même si l'on est très vigilant. La sagesse est donc d'amener votre enfant consulter régulièrement votre médecin, généraliste ou pédiatre, tous les 3 à 6 mois, surtout entre 3 et 6 ans (début de la scolarisation) pour qu'il vérifie, avec des tests simples (jouets, livres d'images), la bonne évolution de l'acquisition du langage. Si le trouble est avéré, le médecin procède à un examen plus approfondi pour préciser son caractère primaire (c'est-à-dire non secondaire à une maladie) ou non. S'aidant alors d'autres tests, plus spécifiques et adaptés à l'âge de l'enfant, il recherche :

- un déficit auditif (examen des tympans, voix chuchotée hors de la vue de l'enfant) ; au moindre doute, un avis ORL et un examen audiométrique complet sont nécessaires ;

- une maladie neurologique (avec, là aussi, un avis spécialisé au moindre doute) ;

- un trouble des fonctions supérieures non verbales ; le trouble du langage ne fait alors que révéler un dysfonctionnement des compétences intellectuelles ;

- un trouble du développement (les capacités de communication et de socialisation de l'enfant sont évaluées) ;

- des carences importantes dans son environnement (absence de scolarisation, insuffisance de stimulation du langage, affective, etc.) ;

- enfin, un trouble sévère de la compréhension qui impose un avis et des examens spécialisés.

Dans la plupart des cas, les résultats sont plutôt rassurants. Un bilan et une rééducation orthophoniques suffisent le plus souvent.

- Bilan orthophonique : pour qui et quand ?

Réalisé par un professionnel de santé - l'orthophoniste - ce bilan est indispensable dès que le trouble est confirmé et qu'il ne relève pas d'une prise en charge urgente neurologique ou ORL. Il permet l'évaluation des fonctions et des compétences de communication de l'enfant. Il précise la nature et l'origine du trouble. Ses résultats sont une mine d'informations et de propositions thérapeutiques transmises au médecin, (un compte-rendu écrit lui est systématiquement adressé). En fonction de ces indications, il jugera nécessaires des séances de rééducation (et rédigera une ordonnance précisant la nature du trouble et le nombre de séances requises) et (ou) sollicitera l'avis d'autres spécialistes. La prise en charge orthophonique a de multiples bénéfices :

- elle donne aux parents la possibilité d'une communication normale avec leur enfant ;

- elle préserve l'appétence et le plaisir de la communication chez l'enfant ;

- elle restaure chez l'enfant une image positive de lui-même : elle l'aide à acquérir des mécanismes de compensation pour qu'il progresse et donc elle prévient l'échec scolaire et le risque de mauvaise orientation.

Zézaiement, nasonnement...
Le plus simple est de distinguer les nombreux troubles du langage selon leur cause :

- les troubles de l'articulation ; les mots sont mal articulés, avec zézaiement, chuintement, substitutions de phonèmes (sat au lieu de chat, garaze au lieu de garage) ;

- les troubles de la phonation ; liés à des malformations du palais, ils se manifestent souvent par un nasonnement ;

- les troubles de la déglutition ; l'enfant avale en appuyant la langue contre les incisives ou en l'interposant entre les dents (ils s'associent souvent à des problèmes d'orthodontie ou d'otites, les deux à faire traiter par des spécialistes) ;

- les troubles de la parole ; l'enfant simplifie les mots, inversant (lavabo/valabo) ou omettant (table/tab) des syllabes ou faisant des assimilations (couper/pouper) ;

- le retard de langage ; les constructions grammaticales sont défectueuses, la syntaxe simplifiée, les pronoms et les conjugaisons mal utilisés...

- la dysphasie ; c'est un trouble neurologique grave traduisant une mauvaise organisation de la structure du langage ;

- le bégaiement ; ce trouble de l'expression verbale affecte le rythme de la parole. Il touche

1 % de la population (3 garçons pour 1 fille) et débute entre 3 et 7 ans ;

- les troubles de la voix ou dysphonie (voix éraillée, rauque...) ; souvent consécutifs à des malformations (paralysie d'une corde vocale), ils favorisent aussi l'apparition d'anomalies des cordes vocales (nodules, polypes) ;

- les troubles secondaires à une surdité ;

- enfin, les troubles secondaires à des maladies responsables de handicaps divers : trisomie, lésions cérébrales, autisme. 

A l'écrit : 4 troubles essentiels
- La dyslexie est un trouble de l'apprentissage de la lecture ; elle survient en dépit d'une intelligence normale, de l'absence de troubles sensoriels ou neurologiques, d'une instruction scolaire adéquate et d'un environnement socioculturel suffisant (définition de la Fédération mondiale de neurologie, 1968). Résultat d'un déséquilibre dans l'utilisation des procédures d'écriture et de lecture, elle se manifeste de différentes façons :

- l'enfant lit tous les phonèmes, les mots réguliers et les non-mots (galapo) mais a du mal à différencier les homonymes (comme mais et mets) ;

- ou il lit les mots fréquents (école), mais ni les peu fréquents (trapèze) ni les non-mots (chipoda) ;

- il peut aussi avoir de grandes difficultés pour faire coïncider le symbole écrit (le graphème) et le son correspondant (le phonème) et faire des erreurs dans la signification des mots (erreurs sémantiques). Il va utiliser un mauvais mot mais qui désigne un objet de même famille (il lit chien au lieu de chat, table au lieu de chaise).

- La dysorthographie est un trouble d'apprentissage de l'orthographe.

- La dyscalculie est un trouble de l'apprentissage du calcul et des opérations, avec des difficultés pour la résolution des problèmes mathématiques.

- Enfin, la dysgraphie touche le geste et l'aspect formel de l'écriture (crispation, tracé irrégulier, maladroit, chevauchement des lettres...).

Comment s'organise la rééducation orthophonique ?
Elle s'adresse à tous les troubles que nous venons de citer. Tout comme le bilan orthophonique de base, elle est prise en charge par l'assurance maladie, sous réserve d'une prescription médicale et d'une entente préalable. En fonction de la cause du trouble, elle peut parfaitement être réalisée en étroite collaboration avec des médecins spécialistes (ORL, stomatologue, neurologue, psychologue...).

Le but de la rééducation orthophonique est de restaurer un fonctionnement normal et (ou) de mettre en place des moyens palliatifs ou de compensation. Le tout en respectant les différentes étapes d'acquisition du langage écrit et oral.

Il n'y a pas une rééducation mais des rééducations adaptées à la personnalité et aux difficultés de l'enfant. La rééducation varie selon la formation personnelle de l'orthophoniste et la situation particulière de chaque enfant (âge, trouble constaté, environnement psychosocial, culturel et économique).

- Dans les troubles du langage oral, l'objectif est de développer chez l'enfant son envie de parler en lui fournissant un instrument de communication efficace. Elle porte sur les deux versants : compréhension et expression. L'orthophoniste propose des exercices (mimes, symboles, jeux divers) destinés à améliorer ou à organiser le schéma corporel de l'enfant, sa coordination motrice, sa structuration dans le temps et dans l'espace, sa mémoire, son attention visuelle et auditive. Chaque exercice est choisi dans un but précis, pour verbaliser et expliquer clairement ce qui se passe et fournir un modèle linguistique correct et adapté au niveau du langage de l'enfant concerné. Toute notion linguistique doit être comprise avant d'être exprimée. Parallèlement ou ultérieurement, la rééducation permet à l'enfant d'enrichir son vocabulaire, de développer des structures de phrases de plus en plus complexes et d'améliorer l'articulation et la parole. L'enfant apprend à comprendre et à poser des questions, à créer des liens logiques de cause à effet, de conséquence ; peu à peu, il sait utiliser les prépositions, les pronoms et les temps des conjugaisons pour exprimer le passé, le présent, le futur. Enfin, il est sensibilisé à la compréhension de l'implicite et de l'abstrait.

- Dans la dyslexie, l'objectif est de redonner à l'enfant le goût de la communication écrite, de rétablir un niveau de lecture et de transcription correspondant à sa classe d'âge et de l'aider à prendre confiance en ses capacités d'apprentissage.

Les approches et les techniques utilisées diffèrent en fonction du type de dyslexie mais l'objectif est le même : développer chez l'enfant la conscience des sons et de leur symbole, lui redonner les règles de conversion, lui apprendre l'automatisation des mécanismes de la lecture et de la transcription graphique. Mémoire visuelle, attention et enrichissement du vocabulaire sont développés pour l'aider à acquérir des repères stables dans l'espace et le temps. L'orthographe phonétique puis linguistique est travaillée au rythme des apprentissages grammaticaux.

- Dans la dyscalculie, l'enfant est mis en position de découvreur à partir de jeux qu'il fabrique et dont il expérimente, à son rythme, tous les possibles. Varier ces possibles lui permet de développer mobilité et réversibilité de pensée, mais aussi capacité de déduction, d'anticipation, de représentation mentale, de généralisation... et le transfert de ces raisonnements à d'autres domaines.

- Dans la dysgraphie, la rééducation cherche d'abord l'origine des difficultés en rassurant l'enfant, sans travailler directement sur l'écriture. Dans un second temps, l'orthophoniste l'aide à acquérir et développer la détente psychomotrice nécessaire à l'écriture : diminution des tensions, développement de la souplesse, travail du rythme, exercices de détente au niveau du corps, des bras, des doigts (positions, étirements, pianotage, marionnettes...) pour arriver à un geste graphique aisé.

L'orthophoniste guide les parents pour qu'ils stimulent le langage de leur enfant, qu'ils l'écoutent, l'observent et adaptent leur discours au sien. Il doit redonner confiance, lever des inhibitions ou au contraire apprendre à respecter des limites. L'enfant n'est jamais mis en position d'inconfort, mais valorisé et motivé. La confiance établie entre l'enfant, l'orthophoniste et les parents permet de dédramatiser les difficultés, de les dépasser et de rassurer l'enfant et son entourage.

Dr Eva Gulesser

Sources

* Recommandations Anaes : l'orthophonie dans les troubles spécifiques du développement du langage oral chez l'enfant de 3 à 6 ans.

* Dossier Orthophonie de l'enfant ; Revue du Praticien-Médecine générale, tome 14, n° 504 du 12 janvier 2000.

Le développement normal du langage oral

1)  Stade prélinguistique

- De 0 à 3 mois : apparition des vocalisations, cris, bruits buccaux, et des syllabes dites primitives (sons nettement perçus par l'entourage). À 3 mois, imitation de la mélodie de l'adulte.

-          De 3 à 12 mois : babillage rudimentaire, puis canonique (duplication des syllabes : mamama, papapa...) et enfin mixte (syllabes identifiables et non reconnaissables). Vers 12 mois, compréhension des ordres simples et réponse à son prénom.

2) Stade linguistique

- Entre 12 et 18 mois : premiers mots, déformés, sans articles. Peu de verbes mais quelques mots comme : encore, là, voilà...

- Vers 18 mois : compréhension des phrases courtes.

- Vers 2 ans : possibilité de montrer sur ordre des parties du corps et d'associer des mots en semblant de phrases (pati tot papa). Emploi des articles, des prépositions et des adverbes marquant la possession (à, de, pour) et du moi-toi.

- Entre 2 et 3 ans : apparition des phrases longues. Conjugaison des verbes, emploi des prépositions (dans, sur, sous...) et du non.

- Vers 3 ans : questions (où ? qui ? quoi ? quand ? pourquoi ?). Utilisation du je-tu et des auxiliaires être et avoir. Récitation de comptines.

- Entre 3 et 4 ans : phrases correctes, plus complexes (utilisation des parce que, temps de conjugaison, pronoms possessifs...). Développement du vocabulaire, amélioration de la compréhension du sens des mots.

- Entre 4 et 5 ans : utilisation correcte des outils grammaticaux, notamment du comment et des adverbes de temps (maintenant, tout à l'heure), compréhension de substantifs abstraits (manque, différence...).

- Après 5 ans : structuration du récit (description, interprétation, imagination), début de la compréhension du temps social (jours, saisons...) et de la notion de nombre

Développement du langage écrit

1) Les 3 étapes du langage

- Stade logographique : apprentissage des indices visuels et globaux.

- Stade alphabétique : découverte de la correspondance entre le signe (graphème) et le son (phonème).

- Stade orthographique : les mots sont reconnus directement sur leur seule base orthographique.

2) Les stratégies d'acquisition du langage

- Adressage ou voie directe : le mot écrit est reconnu immédiatement sans avoir recours au déchiffrage.

- Assemblage ou voie indirecte : la reconnaissance des mots s'effectue après recodage.

Lors de la lecture, les signes (graphèmes) sont transformés en sons (phonèmes) ; au moment de la transcription écrite, ce sont les phonèmes qui sont transformés en graphèmes. Les deux stratégies sont utilisées de manière interactive.

D'autres compétences sont utilisées :

- la conscience syllabique et phonologique (poule = pou + le) ;

- la mémoire à court terme (possibilité de répéter une série de chiffres, mots ou syllabes)

- la mémoire de travail (possibilité de répéter par exemple une série de chiffres à l'envers) ;

- le maintien de l'attention ;

- la latéralité (droite ou gauche) et le schéma corporel ;

- l'organisation spatio-temporelle (perception de la place de son corps dans le temps et l'espace) ;

- la discrimination auditivo-perceptive (différencier p de b ou t de d) ;

- les capacités visuo-perceptives (différencier p de q ; m. de n...).


Source  : Bien-être et Santé
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