| Tassement, hernie, arthrose...
Au lieu de mal de dos - terme fréquemment employé - on devrait plutôt parler de lombalgies ou de douleurs lombaires. Car c'est le plus souvent le bas du dos, correspondant au segment lombaire de la colonne vertébrale, qui fait mal. On dit aussi qu'on a mal aux reins mais l'expression est impropre dans la mesure où les douleurs de cette zone sont, dans la très grande majorité des cas, d'origine vertébrale et non pas rénale.
Autre précision nécessaire : le mal de dos n'est pas une maladie en soi mais un symptôme. Autrement dit, c'est la traduction douloureuse d'une détérioration d'un ou de plusieurs éléments qui constituent la colonne vertébrale : les vertèbres elles-mêmes, les disques intervertébraux, les articulations (cartilage), les ligaments (cordons fibreux qui relient les vertèbres entre elles) ou les muscles qui soutiennent la colonne.
Une lombalgie peut donc être due à différentes lésions : pincement discal, tassement vertébral, hernie, arthrose, entorse (les ligaments s'étirent ou même se rompent), déchirure musculaire... Elle peut aussi s'accompagner de névralgies - en clair de douleurs au niveau d'un nerf issu de la moelle épinière quand les lésions vertébrales le font souffrir. Parfois, le mal de dos révèle une maladie : ostéoporose, rhumatisme inflammatoire (comme une spondylarthrite ankylosante), tumeur, maladie rénale, maladie des voies urinaires...
Effort inhabituel, faux mouvement... Mais les lombalgies dites communes représentent, comme leur nom l'indique, la majorité des douleurs lombaires et le responsable habituel est le disque intervertébral. En général, la cause n'est pas unique. On retrouve des facteurs favorisants - une profession qui oblige à porter de lourdes charges ou qui entraîne des vibrations du corps - mais d'abord et avant tout un vieillissement des disques. Avec l'âge, ceux-ci s'abîment presque toujours, explique le Dr Marie-Anne Mayoux-Benhamou*. À ce phénomène naturel de vieillissement des disques peuvent s'ajouter une prédisposition génétique - en particulier une maladie de Scheuermann - ou une surcharge mécanique (certains sports ou métiers qui sollicitent beaucoup la colonne), ou encore une scoliose, une cyphose... Difficile d'échapper au mal de dos...
Un long trajet en voiture, un effort violent ou inhabituel, un faux mouvement et aïe ! c'est un lumbago, en clair une lombalgie aiguë qui signe qu'un disque commence à se détériorer. La douleur peut être vraiment handicapante mais un lumbago n'est pas grave. L'épisode dure une semaine environ. Des médicaments de la douleur et anti-inflammatoires soulagent. Le repos est bénéfique durant les 48 premières heures, mais il est inutile d'arrêter ses activités de façon prolongée. Il ne faut pas faire l'erreur de réduire ses activités de crainte d'avoir mal et croire que les douleurs déclenchées par l'effort annoncent une aggravation, avertit le docteur Mayoux-Benhamou.
Un lombostat, pour qui ? La sciatique, comme le lumbago, est due en général à un déplacement ou à une rupture du disque intervertébral, mais le nerf sciatique (qui descend dans la cuisse et la jambe) se trouve comprimé ou étiré par une hernie discale. Les douleurs, vives avec sensations d'engourdissement et de fourmillement, durent plus longtemps (quelques semaines) mais, là aussi, quand la cause - ou le facteur déclenchant - est ponctuelle, tout rentre dans l'ordre avec un traitement adapté : antalgiques, anti-inflammatoires en gel et surtout par voie orale, myorelaxants (pour traiter les contractures musculaires).
Les corsets de soutien (ou lombostats) ont aussi un intérêt. Surtout après une intervention chirurgicale, dans les lombalgies très douloureuses pour lesquelles une immobilisation est nécessaire comme après une entorse, et en cas de glissement d'une vertèbre par rapport à la vertèbre située au-dessous (spondylolisthésis)**. Dans ce cas, il faut les porter parfois plusieurs semaines en permanence, détaille le Dr Mayoux-Benhamou. Ils sont aussi utiles ponctuellement pour suppléer des muscles défaillants - lors d'activités contraignantes comme passer l'aspirateur. Il existe plusieurs modèles de lombostats, de la simple ceinture de soutien, vendue en pharmacie, en tissu élastique avec des baleines, aux corsets pour scoliose ou cyphose avec armatures. Plus récents, les lombostats en matériau thermoplastique soutiennent mieux mais ils sont plus épais et obligent à s'habiller différemment.
Gare aux lombalgies chroniques Dans 10 % des cas, les lombalgies traînent et deviennent chroniques, c'est là tout le problème. Comme on l'a vu plus haut, rien ne sert de se mettre au repos pendant des semaines, bien au contraire. Plus on arrête ses activités pour reposer son dos et plus le retour à une vie normale est difficile. Encore faut-il supprimer les facteurs qui favorisent le mal de dos. En apprenant les bonnes postures et en évitant les mouvements nocifs, au travail comme à la maison, en faisant des exercices pour étirer et renforcer les muscles du bas du dos et abdominaux, au besoin en perdant du poids.
Les règles sont, en fait, assez simples ; le tout est de les respecter le plus souvent possible... tout en continuant de vivre normalement. Autrement dit, suivez-les, mais quand vous ne pouvez pas faire autrement que mal, faites mal !
- Tout d'abord évitez de faire des mouvements brusques qui risqueraient d'augmenter vos douleurs.
- À moins que le médecin vous ait demandé de ne plus porter du tout de charges lourdes, vous pouvez manipuler un paquet mais sans vous pencher en avant, jambes tendues, comme on le fait souvent. La région lombaire devient alors le point d'appui portant non seulement le poids de la charge mais aussi celui du corps. Si, en plus, le geste est accompli avec torsion du tronc, votre dos a toutes les chances de souffrir !
Pliez vos genoux, pas votre dos ! Contractez les abdominaux en maintenant les trois courbures naturelles du dos (cervicale, dorsale et lombaire) bien alignées et faites basculer le poids sur les muscles des jambes pour diminuer l'effet levier. Tenez le paquet le plus près possible de votre corps et à la hauteur de la poitrine : la pression exercée sur votre dos sera moins forte.
- En position debout prolongée et immobile (pour repasser, vous laver les dents...), changez souvent de position et posez l'un de vos pieds sur un petit marchepied (ou un tabouret bas).
- Marchez la tête haute, le menton légèrement rentré, les pieds bien en avant (pas de chaussures à talons trop hauts).
- En voiture, ne conduisez pas trop loin du volant ; le fait de forcer pour atteindre les pédales ou le volant peut entraîner des douleurs lombaires. Adaptez la position de votre siège de façon à avoir les genoux à hauteur des hanches. Conduisez avec les deux mains posées sur le volant et pour soulager le bas de votre dos, glissez éventuellement un support lombaire adapté (ou une serviette roulée).
- Pour sortir de la voiture, appuyez-vous sur le volant ou sur le montant de la portière et faites pivoter l'ensemble du corps vers l'extérieur (sans tordre le dos) en sortant une jambe après l'autre.
- En position assise, la chaise ou le fauteuil doit être suffisamment bas pour avoir les pieds bien à plat et les genoux à la hauteur de vos hanches (ou même un peu plus haut). Calez votre dos contre le dossier et évitez d'avoir à vous pencher en avant ou de courber votre dos. Toutes les demi-heures, levez-vous et faites quelques pas.
- Ne dormez pas sur un matelas mou ou déformé qui ne supporterait pas correctement votre dos. Adoptez une bonne position : couché sur un côté avec les genoux pliés ou sur le dos avec un oreiller placé dans le creux des genoux (pas sur le ventre).
- Le matin, levez-vous doucement en gardant les genoux pliés, mi-allongés sur le côté. Faites basculer les jambes vers le sol, relevez la tête et levez-vous seulement une fois en position assise.
Précautions et exercices Pendant la journée, pensez à soulager votre dos en mobilisant le bassin et en alignant votre colonne vertébrale. Debout, placez vos deux mains en bas du dos et penchez-vous doucement en arrière, maintenez cette position pendant 30 secondes et reprenez la position initiale. Assis, penchez-vous en avant sur une chaise et placez votre visage contre vos genoux pendant 2 à 5 minutes. Chez vous, allongez-vous par terre bien à plat sur le dos et placez vos jambes sur un tabouret en utilisant un coussin pour rendre la position plus confortable. Essayez de conserver cette position pendant un quart d'heure.
Les exercices recommandés - à répéter idéalement tous les jours mais sans jamais forcer - pour conserver un dos en bon état ou pour éviter que son état ne s'aggrave, sont plus difficiles à expliquer mais ils se pratiquent tous au sol en position allongée ou semi-allongée. Genoux-poitrine pour assouplir un dos raide, le bassin incliné pour renforcer les muscles et réduire la cambrure, rotations du bas du dos pour étirer et renforcer les muscles dorsaux, etc. Demandez conseil à votre médecin ou à votre kinésithérapeute.
Le reconditionnement à l'effort Pour les lombalgiques qui traînent leurs douleurs depuis des mois ou des années et qui n'osent plus rien faire, le reconditionnement à l'effort est une excellente méthode qui les aide à rompre ce cercle vicieux. Il est pratiqué dans différents centres en province et à Paris, notamment à Cochin***, et dure 5 semaines à raison de 5 jours complets par semaine. Il permet de retrouver progressivement ses capacités physiques et ainsi de ne plus être anxieux et de reprendre des activités normales. Il ne s'agit pas de supprimer totalement la douleur mais de vivre avec en la limitant avec des antalgiques et en se remusclant. On leur fait faire du jogging, porter des paquets, etc., précise le Dr Mayoux-Benhamou.
Les écoles du dos sont de véritables structures pédagogiques. Certaines sont axées sur la prévention et s'adressent à des catégories de travailleurs concernés par le mal de dos. D'autres visent à apprendre à ceux qui souffrent déjà de lombalgies les bons gestes et les mauvais et aussi à se muscler. D'autres encore ont une approche plus psychologique. Mais leur objectif est le même : faire face au mal de dos. Quelques stations thermales comme Aix-les-Bains permettent aussi non seulement de rompre avec l'anxiété et le stress de la vie quotidienne mais encore d'acquérir une meilleure hygiène de vie.
Evelyne Gogien
* Médecin rééducateur à l'Institut de rhumatologie de l'hôpital Cochin, Paris.
** À ne pas confondre avec une vertèbre démise ou déplacée, comme disent les chiropracteurs, qu'il faut remettre en place.
*** Sous la responsabilité du Dr Serge Poiraudeau, dans le service de rééducation de l'hôpital Cochin.
Les enfants aussi Si votre enfant se plaint du dos, ne dites pas : c'est normal, il grandit beaucoup en ce moment, montrez-le plutôt à un médecin. Même si les douleurs du dos sont souvent liées à la croissance, il ne faut pas les négliger. Elles peuvent aussi révéler une maladie de Scheuermann*, une fracture de stress due à une pratique sportive intensive ou encore un mauvais alignement des vertèbres.
* Maladie de la croissance des corps vertébraux qui survient au début de la puberté ; ceux-ci sont plus fragiles, vulnérables, et entraînent déformations, douleurs entre les omoplates et dos rond.
Et la chirurgie ? La chirurgie n'a pas d'intérêt dans la grande majorité des cas. Mais quand une hernie discale résiste au traitement médical, une opération qui consiste à retirer la hernie (curetage discal) peut permettre de soulager des névralgies très invalidantes en levant la compression du nerf. Cependant, le chirurgien prend toujours son temps car la plupart des hernies guérissent dans un délai de 3 mois.
La nucléolyse - c'est-à-dire des injections de chymopapaïne (produit extrait du fruit de la papaye) qui détruisent le disque responsable - est une alternative à la chirurgie. La hernie discale disparaît et le nerf comprimé est libéré. En cas d'échec (dans 30 % des cas), il est toujours possible de passer à la chirurgie.
En revanche, un disque opéré ne peut plus bénéficier d'une nucléolyse.
Vrai ou faux ?
1- Une radiographie permet de trouver l'origine du mal de dos.
Faux. Contrairement à ce que l'on croit, les radios ne sont pas systématiquement nécessaires.
Comme l'explique le Dr Mayoux-Benhamou, des altérations de la colonne vertébrale visibles sur une radio ne sont pas forcément responsables des douleurs ressenties ; à l'inverse on peut avoir mal au dos et des radios normales. On voit souvent une anomalie du côté gauche alors que la névralgie est à droite... Il faut donc être prudent. C'est toujours l'examen clinique qui prime.
2- Le repos au lit est le meilleur traitement du mal de dos.
Faux. Il y a 20 ans, le repos était considéré comme l'arme la plus efficace contre le mal de dos et la sciatique. Aujourd'hui, on sait qu'un repos prolongé est, au contraire, nocif. Un repos de 2 jours raccourcit la durée d'un lumbago, mail il faut reprendre ses activités dès que possible.
Et si les lombalgies sont chroniques, le repos fait fondre les muscles, la personne perd son assurance et dès qu'elle fait un mouvement, elle le fait mal et se fait mal...
3- En cas de hernie discale, la chirurgie est la solution.
Faux. Une opération demande toujours réflexion. C'est seulement quand la douleur est handicapante et résiste à tous les traitements qu'une intervention chirurgicale est envisageable si la hernie est effectivement responsable des symptômes.
4- Le surpoids est l'un des pires ennemis du dos.
Vrai. Les kilos en trop augmentent inutilement les contraintes qui s'exercent sur la colonne vertébrale. Et plus le ventre est proéminent, plus il tire la colonne vers l'avant, plus le dos se cambre et plus la colonne vertébrale se détériore.
5- Le stress, les problèmes psychologiques... jouent un rôle dans le mal de dos.
Vrai. Même si le mal de dos n'est nullement une maladie psychosomatique, on le supporte moins bien si l'on a des problèmes psychologiques et les traitements habituels ne sont pas aussi efficaces.
Le fait de souffrir depuis longtemps peut aussi retentir sur le moral, d'autant plus si l'on est psychologiquement fragile.
Pour en savoir plus
- Le mal de dos en 100 questions. Cette brochure, destinée au grand public*, est réalisée par l'équipe de l'Institut de rhumatologie du groupe hospitalier Cochin (Paris) et coordonnée par le Dr Marie-Anne Mayoux-Benhamou. Elle répond à toutes les questions qu'on peut se poser sur le mal de dos, schémas, radios et photos à l'appui. Si vous souffrez du dos, demandez-la à votre rhumatologue. * Éditeur : laboratoires Pharmacia.
- Halte aux rhumatismes. Il n'y a pas que les médicaments pour les soulager. On peut aussi faire des exercices physiques contre... ou avec des rhumatismes, nombreux schémas pour illustrer ! Le Seuil pratique, 2000,15 e.
Une maladie professionnelle Depuis le 15 février 1999, le mal de dos est reconnu maladie professionnelle dans des conditions très strictes : en cas d'affection chronique de la colonne vertébrale provoquée par des travaux exposant aux vibrations (conducteur de tracteur, de poids lourd, de chariot élévateur par exemple) ou au port de charges lourdes (manutentionnaire, travailleur du bâtiment...). Il faut aussi avoir été exposé à ce risque pendant au moins 5 ans.
Légendes Hernie discale. Le disque est une sorte de coussinet formé d'une coque fibreuse (l'annulus) qui joue le rôle d'amortisseur et de charnière entre les vertèbres. Il renferme un noyau gélatineux (appelé nucleus). Quand la coque se fissure ou, pire, se fend, la substance gélatineuse centrale, sous pression, s'insinue dans la fente, s'échappe même hors du disque et forme une petite saillie (une hernie) qui provoque inflammation locale et douleurs - bien que ceci ne soit pas systématique.
Tassement vertébral (à gauche) et pincement discal (à droite) sont deux causes de mal de dos, mais leur signification est totalement différente.
- Un tassement vertébral est, en fait, une fracture du corps de la vertèbre. Il se produit quand existe déjà une fragilité osseuse (comme en cas d'ostéoporose). Sur la radio, on voit que la vertèbre se tasse d'un côté. Elle peut même s'aplatir totalement comme une galette.
- Un pincement discal est un amincissement du disque intervertébral. Détérioré, celui-ci s'affaisse, ce qui se traduit, sur la radio, par une diminution de l'espace (un pincement) entre deux vertèbres dont les corps se rapprochent. Source : Bien-être et Santé
|