Comme le mot l’indique, l’ostéoporose est une maladie osseuse. Les os sont poreux, moins denses et leur architecture interne est modifiée. Résultat : ils sont fragiles, se fissurent et se cassent plus facilement. Rien à voir par conséquent avec l’arthrose, une maladie qui touche les articulations (genoux, poignets, jointures des doigts…), dont les douleurs traduisent une usure du cartilage – et non des tissus osseux.
Chaque année, en France, plus de 130 000 femmes se cassent le poignet (35 000 par an), ou des vertèbres ou encore le col du fémur (hanche). Une chute d’un petit tabouret ou même simplement de sa hauteur suffit. Or, soulignent les responsables du Grio (Groupe de recherche et d'information sur l’ostéoporose), 20 % seulement de ces femmes sont orientées vers un dépistage de l’ostéoporose, découvrent bien souvent à cette occasion leur maladie et reçoivent un traitement adapté. Les autres ? Elles ne manqueront pas de se recasser quelque chose un peu plus tard. "Une autre fracture, plus grave, qui compromettra définitivement leur autonomie et leur qualité de vie", déplore le Dr Michel P. Philippe.
L’adolescence : une période essentielle L’os est un tissu vivant et en perpétuel remaniement grâce à un processus de "remodelage osseux". En clair, l’os vieilli est – normalement – remplacé en permanence par de l’os neuf, ce qui lui permet de rester solide. Pour qu’il se renouvelle, divers "matériaux" sont indispensables : les plus importants sont le calcium et les protéines ; la vitamine D, fabriquée par l’organisme sous l’effet du soleil, favorise l’assimilation du calcium et sa fixation sur l’os ; les hormones interviennent également dans les phénomènes de construction osseuse.
La solidité des os est étroitement liée à l’importance de la masse osseuse. Celle-ci augmente progressivement pendant l’enfance et l’adolescence, lors de la croissance du squelette. En particulier durant les années qui précèdent la puberté (de 8 à 13 ans environ), surtout chez les filles. L’os alors s’épaissit et acquiert sa densité maximale. Cela dit, ce "capital osseux" de départ n’est pas le même pour tous, il dépend de plusieurs facteurs : la génétique (si votre mère et votre grand-mère sont ostéoporotiques, soyez vigilante), mais aussi de l’alimentation et de l’activité physique.
 Optimiser son "capital osseux" Pour que vos enfants aient un bon "capital osseux" et donc peu de risques de souffrir d’ostéoporose plus tard, veillez à ce qu’ils aient une alimentation équilibrée, suffisamment riche en protéines et en calcium, et fassent aussi assez d’exercice physique (marche, course à pied, danse, gymnastique…) pour renforcer la masse osseuse et rendre leurs os plus solides. Idéalement, c’est dès l’enfance qu’il faut penser à l’ostéoporose de manière à la prévenir. Certains spécialistes vont jusqu’à dire que l’ostéoporose est une maladie pédiatrique ! Aujourd’hui, la plupart des jeunes ne prennent pas assez de laitages. La consommation de boissons gazeuses monte en flèche et celle de lait diminue… En pratique, il faudrait qu’un jeune absorbe 3/4 de litre de lait par jour ou l’équivalent sous forme de yaourts, de fromages ou de desserts à base de lait.
Entre 20 et 35 ans, le "capital osseux" reste stable. Il n’est plus possible de le faire fructifier, on peut seulement l’empêcher de fondre. En le "nourrissant" convenablement pour que le phénomène de construction-destruction du tissu osseux reste équilibré. Ensuite, chez les hommes comme chez les femmes, la tendance s’inverse, la destruction prédomine et l’os perd progressivement sa qualité. Vers 40 ans, les femmes se préoccupent de leur peau, de leur ligne, bref de leur apparence mais rarement de la santé de leurs os. Or, à cet âge-là – comme à tout âge d’ailleurs – quelques mesures d'hygiène de vie simples permettent de lutter contre les facteurs de risque d’ostéoporose : consommer chaque jour suffisamment de calcium (au moins 4 produits laitiers par jour et 1,5 litre d’eau minérale à forte teneur en calcium), ne pas fumer ni consommer trop d’alcool. Le tabac favorise, en effet, une ménopause prématurée et s’accompagne souvent d’un poids insuffisant, deux éléments qui nuisent à la santé du squelette.
À la ménopause Avec l’âge, la masse osseuse diminue progressivement. La perte osseuse – physiologique et inévitable – commence dès l’âge de 30 ans. Lente et régulière chez les hommes (environ 0,5 % par an), cette perte s’accélère chez les femmes dans les années qui suivent la ménopause : 3 à 5 % par an pendant 2-3 ans, ensuite 1-2 % par an durant 5 à 10 ans puis autour de 0,5 à 1 % jusqu’à la mort.
Pourquoi une telle baisse à la ménopause ? À cause des hormones ou plutôt de la carence hormonale qui se produit à ce moment-là. Les hormones féminines ont, en effet, une action sur de nombreux tissus : le cœur, les vaisseaux, la peau mais aussi le tissu osseux. Les estrogènes, en particulier, freinent le processus de destruction osseuse. Au moment de la ménopause, la carence en estrogènes va amplifier le déséquilibre entre construction et destruction, déjà amorcé avec le vieillissement. Résultat : la densité minérale peut rapidement chuter de moitié.
Ce processus affecte toutes les femmes mais certains facteurs augmentent le risque d’ostéoporose : des antécédents familiaux (mère, sœur, grand-mère), une ménopause précoce (naturelle ou chirurgicale), une puberté tardive ou l’absence de règles prolongée, la maigreur et l’anorexie, certains traitements au long cours (cortisone), etc. Sans oublier les facteurs liés au style de vie : alimentation déséquilibrée, consommation excessive d’alcool, tabagisme, sédentarité
Une ostéodensitométrie osseuse : quand ? "Quand la première fracture, même mineure, se produit, l’ostéoporose est déjà installée mais, en général, faute d’informations, les femmes l’ignoraient et sont tout étonnées de la découvrir", explique le Dr Philippe. Comment savoir si l’on souffre d’ostéoporose ou si l’on a des risques d’en présenter une plus tard ? L’ostéodensitométrie (encore appelée absorptiométrie biphotonique à rayons X) est la seule technique fiable de mesure de la densité des os. Elle permet de déterminer si l’os est normal ou déjà moins dense, si vous êtes à risque d’ostéoporose et d’évaluer les risques de fracture. L’examen est indolore, rapide, sans danger (très peu irradiant) et largement disponible puisqu’il existe aujourd’hui plus d’un millier d’appareils en France. Mais il n’est toujours pas pris en charge par la Sécurité sociale*… Les radiographies classiques (remboursées) permettent de déceler les fractures mais pas vraiment de les prévoir ; elles ne peuvent détecter avec certitude une perte osseuse que si celle-ci atteint au moins 30 % de la masse osseuse totale, c’est-à-dire quand la maladie est déjà à un stade avancé. "À l’hôpital, l’ostéodensitométrie est comprise dans le prix de journée mais elle n’est pratiquée qu’en cas de fracture…", regrette le Dr Philippe. Cette absence de remboursement nuit évidemment au dépistage de l’ostéoporose à un moment où il est encore possible de ralentir efficacement le processus.
Jamais trop tard pour traiter Il existe aujourd’hui plusieurs traitements efficaces de l’ostéoporose. Les bisphosphonates (en comprimés) freinent la perte osseuse et augmentent la densité minérale des os. Ils permettent ainsi de réduire (d’environ moitié) le risque de fractures vertébrales et du col du fémur, à condition, bien entendu, de les prendre pendant plusieurs années de suite. Certains se prennent une fois par jour, d’autres, plus pratiques, une fois par semaine mais il faut toujours les absorber en dehors des repas. Les médicaments de la classe des Serm (modulateurs sélectifs des récepteurs des estrogènes) diminuent aussi les risques de fractures. Comme les bisphosphonates, ils ne sont remboursés qu’après une première fracture… Encore un frein à la prise en charge précoce de l’ostéoporose et à sa prévention, souligne le Dr Philippe.
Enfin, les traitements hormono-substitutifs (THS), prescrits à la ménopause et remboursés à 65 %, agissent en compensant la carence en estrogènes. Ils freinent ainsi la perte osseuse tout en réduisant les principaux symptômes liés à l’installation de la ménopause (les bouffées de chaleur, les troubles du caractère, la sécheresse vaginale…). Mais, il faut le savoir, à l’arrêt du traitement, la perte osseuse reprend. À noter : la publication des résultats d’une étude américaine faisant état de cancers plus nombreux chez les femmes sous THS a quelque peu ébranlé l’opinion publique. Pourtant, font remarquer les spécialistes français, dans notre pays, les doses et le type d’estrogènes utilisés sont différents.
Et les phytoestrogènes ? Contrairement à ce que certaines femmes croient, ces substances végétales, présentes essentiellement dans le soja, ne préviennent pas et ne traitent pas l’ostéoporose. Les phytoestrogènes peuvent parfois aider à réduire les bouffées de chaleur de la ménopause mais n’améliorent pas la masse osseuse. Ils ne sont d’ailleurs conseillés que dans cette seule indication. Un amalgame fait penser que traiter les troubles de la ménopause c’est automatiquement prévenir aussi l’ostéoporose. C’est vrai pour le traitement hormonal substitutif, pas pour les phytoestrogènes.
Conseils anti-chute Aux personnes plus âgées, vivant souvent en maison de retraite, les médecins comme le Dr Michel P. Philippe prescrivent plus volontiers des comprimés de calcium et de vitamine D, plus faciles à prendre. Soit en continu si elles sortent peu ou plus du tout au soleil, soit en fonction des saisons (automne et hiver). Même s’ils sont a priori moins efficaces que les médicaments cités plus haut, les deux associés diminuent tout de même le risque de fractures. Bien entendu, l’exercice physique régulier – ne serait-ce que la marche – et une alimentation riche en laitages sont vivement recommandés.
Cela dit, passé un certain âge, il faut aussi éviter tout ce qui risque de faire tomber. Quelques petits conseils : porter des chaussures stables et confortables ; contrôler sa vue et éclairer suffisamment les pièces ; préférer la moquette au carrelage ; ne pas cirer les escaliers ; fixer les tapis au sol ou, mieux, les enlever ; placer un tapis antidérapant au fond de la baignoire ou de la douche ainsi que des barres d’appui ; dégager les lieux de passage de tout obstacle (plantes, guéridon, fils électriques ou de téléphone…) ; ranger ses affaires dans des endroits accessibles pour ne pas avoir à monter sur une chaise ou un escabeau.
Evelyne Gogien
* Prix : entre 40 et 120 euros. Certaines mutuelles cependant prennent déjà l’examen à leur compte ; renseignez-vous auprès de la vôtre.
Vitamine D et calcium : où les trouver ? - Vitamine D : les aliments riches en vitamine D sont peu nombreux. C’est l’huile de foie de morue qui en contient le plus (200 µg pour 100 g), mais pour l’avaler… Les poissons, surtout gras (saumon, hareng, flétan, anchois, sardine, maquereau…) en contiennent aussi mais moins (8 à 20 µg), puis le jaune d’œuf, les huîtres (3 à 8 µg) et, en dernier, le beurre, les foies d’animaux, les champignons…
- L’exposition au soleil – une heure par jour et pas nécessairement en plein soleil – reste cependant le meilleur moyen de fixer le calcium sur les os.
- Calcium : tous les produits laitiers contiennent du calcium. Les plus riches (1 000 à 1 250 mg pour 100 g) sont les fromages à pâte pressée cuite (emmenthal, comté, beaufort), puis ceux à pâte pressée non cuite (tomme, cantal, pyrénéen : 550 à 1 000 mg), à pâte persillée (bleu, roquefort : 500 à 700 mg), à pâte molle à croûte lavée (munster, reblochon) ou fleurie (camembert, brie) – environ 400 mg –, les yaourts (150 mg), le lait de vache (120 mg), les fromages blancs (75 à 100 mg). On en trouve aussi des quantités appréciables dans certaines eaux minérales : Contrex, Taliens (430-600 mg par litre), Perrier, Badoit(150-220 mg), et dans certains aliments (poisson en boîte avec arêtes, fruits secs, légumes secs et verts, fruits de mer).
À savoir : les produits laitiers allégés en matière grasse contiennent autant de calcium que les autres.
Les hommes aussi L’ostéoporose ne touche pas que les femmes ménopausées. Elle est cependant plus rare chez les hommes et survient dans la grande majorité des cas après un traitement prolongé par de fortes doses de cortisone, certaines maladies (endocriniennes, hépatiques ou intestinales…), une immobilisation de longue durée. Comme chez les femmes, la génétique, l’intoxication alcoolo-tabagique chronique, une fuite chronique du calcium dans les urines, une alimentation carencée en calcium influent aussi. Mais, dans plus d’un cas sur deux, on ne trouve pas de cause.
Quand y penser ?
- après la ménopause, en cas de fracture du poignet ou du col du fémur ou de tassement vertébral après un traumatisme minime ;
- après une perte de taille importante (signe de fractures vertébrales répétées) ;
- en cas de douleurs ou de déformations de la colonne vertébrale ;
- en cas de facteurs de risque : mère ou grand-mère ostéoporotiques, régime pauvre en lait et produits laitiers, ensoleillement insuffisant ;
- chez une personne âgée dont l’activité physique est très réduite, qui sort peu ou pas du tout ;
- quand les os sont "pâles" (donc déminéralisés) sur les radios ;
- en cas de traitement favorisant l’ostéoporose (surtout les corticoïdes au long cours et à doses élevées).
Journée nationale contre l’ostéoporose : le 18 octobre La Journée nationale de lutte contre l’ostéoporose aura lieu le 18 octobre 2003 dans 15 villes de France* dans le cadre de la Journée mondiale avec le soutien de l’IOF (International osteoporosis foundation, présidée par le Pr Pierre Delmas, Lyon) et de la BJD (Bone and joint decade, représentée en France par le Pr Liana Eller-Ziegler, Nice), avec l’aide notamment des rhumatologues. Son objectif : permettre aux femmes, en particulier, de mieux connaître l'ostéoporose et d'apprendre à la prévenir, à la dépister et à la traiter ; inciter les femmes ménopausées à s’en préoccuper activement en cas de douleurs vertébrales ou de fracture du poignet ; et redire la nécessité d’un remboursement de l’ostéodensitométrie – seule condition pour que le nombre de femmes ostéoporotiques prises en charge augmente en France. Au programme : des conférences-débats, des parcours "Bonne santé osseuse" constitués d'ateliers – "La maison de mamie" (prévention des chutes), "Jeu des 1 000 mg" (calcium alimentaire), quiz et autres questionnaires – animés par des médecins, kinés, infirmières, diététiciennes, aides-soignantes.
À cette occasion, l’association loi 1901 Fractosud**, créée par les Drs Rémy Dufour (rhumatologue à la Clinique Sainte-Catherine d’Avignon) et Michel P. Philippe (chirurgien orthopédique à l’hôpital de Cavaillon), a organisé début octobre, dans le département du Vaucluse, des ateliers de formation du personnel médical et paramédical et des réunions d’information pour le grand public.
* Lille, Berck, Amiens, Béthune, Valenciennes, Lyon, Strasbourg, Nancy, Saint-Étienne, Nantes, Orléans, Nice, Clermont-Ferrand, Bordeaux et Toulouse.
** Président d’honneur concerné : Guy Marchand dont la mère est ostéoporotique.
Deux unités spécialisées dans le Vaucluse Les habitants du Vaucluse ont bien de la chance : la clinique Sainte-Catherine d’Avignon et l’hôpital de Cavaillon ont l'une et l'autre créé une unité fonctionnelle de prise en charge de l’ostéoporose avec une consultation spécialement centrée sur cette maladie. La première est opérationnelle depuis septembre 2002 (Dr Rémy Dufour), la seconde depuis janvier 2003 (Dr Michel P. Philippe).
Dans les deux cas, l’équipe est multidisciplinaire et comprend un ou plusieurs chirurgiens, un gynécologue, un médecin rééducateur, un kinésithérapeute, des infirmières référentes, une diététicienne et une assistante sociale. Pour chaque personne traitée dans le service, un bilan complet est réalisé : radiologique et densitométrique (le service de l’hôpital de Cavaillon est équipé d’un appareil depuis juin dernier), sanguin, alimentaire et social (type d’habitat, activités…). Une proposition thérapeutique est adressée avec le dossier informatisé au médecin traitant pour que celui-ci puisse assurer la poursuite du traitement et un rendez-vous est fixé à 3 mois pour que le rhumatologue ou le chirurgien puisse juger de ses effets. De telles structures n’existent malheureusement pas partout, loin s’en faut. Exemples : à Paris, dans les hôpitaux Cochin et Lariboisière, en province, dans les CHU de Caen, d’Amiens, de Poitiers Source : Bien-être et Santé
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