L’expression "développement durable", utilisée depuis quelques années, n’est pas encore très claire dans nos esprits. Une explication du directeur de l’Institut européen d’écologie basé à Metz s’impose : "c’est l’idée que les activités économiques actuelles – ayant pour objectif de satisfaire les besoins des populations – ne doivent pas entraver celles des générations futures. Pour que celles-ci puissent accéder aux mêmes ressources que nous, nous ne devons pas les user et les gaspiller". Mais sans laisser de côté l’aspect social et l’aspect économique, car les pollutions, les risques pour la santé et la pauvreté sont liés. Bref, le développement durable a, en même temps, le souci de l’environnement et du développement. Il doit garantir les besoins des hommes d’aujourd’hui et de ceux de demain, en conciliant la lutte contre la misère et la préservation des écosystèmes de l’eau, du sol et de l’air.
Agir dans les 20 ans qui viennent On pourrait croire qu’il s’agit là de la quadrature du cercle et se laisser aller au découragement. D’autant que les grands sommets internationaux qui se sont succédé depuis 12 ans (Conférence de Rio de Janeiro en 1992, de Kyoto en 1997, Forum mondial de l’Eau de La Haye en 2000, Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002) n’ont abouti à rien de concret. Et que des grands pays hautement pollueurs (les États-Unis, la Chine et l’ex-URSS) n’ont pas signé d’engagements destinés à faire reculer la pollution automobile et industrielle et à limiter l’effet de serre en cause dans le réchauffement climatique. Pourtant, nous n’avons qu’une planète… Si l’air, les océans, les glaciers, le sol sont mis à mal jusqu’au point de non-retour, si les forêts sont détruites, si les plantes et les animaux ne peuvent plus vivre, notre espèce aussi disparaîtra. "Si nous n’inversons pas rapidement l’évolution actuelle, la situation ne pourra plus se rattraper. Il nous reste peu de temps, moins d’un demi-siècle, pour éviter l’anéantissement d’une bonne partie de la planète. C’est dans les 20 ans qu’il nous faut changer nos modes de vie…", pense Jean-Marie Pelt. Il n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Les avertissements des scientifiques et des écologistes de tous horizons et de tous pays se multiplient et se font de plus en plus pressants. Notre environnement se dégrade à vitesse grand V ; nos ressources naturelles essentielles comme l’eau et l’air pur se raréfient ; le nombre d’espèces vivantes (animaux et plantes) diminue de manière inquiétante. Les conséquences sur notre qualité de vie sont déjà sensibles et le seront plus encore demain si nous ne prêtons pas attention aux premiers signes d’une atteinte irréversible de la planète.
La température monte C’est désormais une certitude, notre planète s’est déjà réchauffée, en un siècle, d’un degré (plus ou moins selon les zones, c’est une moyenne sur la surface du globe). En France, par exemple, la température a augmenté de 0,7 °C dans le Nord-Est et de 1,1 °C dans le Sud-Ouest. À Paris, le nombre de jours de gel a diminué de moitié depuis 1900. Et ce n’est pas fini : des simulations réalisées grâce à des super-calculateurs très perfectionnés prévoient entre 1,5 et 6 °C de plus d’ici à 2100 ! Une augmentation de 1,5 °C supplémentaire peut paraître insignifiante, mais on en connaît déjà les conséquences : un changement substantiel du climat dans les prochaines années – un assèchement des régions équatoriales et tropicales et du Bassin méditerranéen, des pluies plus abondantes dans le Nord de l’Europe et de l’Amérique – et des phénomènes météorologiques extrêmes : vagues de chaleur, tempêtes, cyclones, inondations. En se réchauffant, l’atmosphère devient, en effet, plus agitée, moins stable. Enfin, sous l’effet de la hausse de température, les océans se dilatent et le niveau des eaux va monter. De combien ? Sur ce point, les estimations sont moins précises : entre 9 et 88 cm ! On connaît aussi les causes de ce réchauffement de la Terre : nos activités industrielles et agricoles, nos modes de transport et nos habitudes de chauffage accroissent dangereusement l’effet de serre – naturel – de la planète. Petite explication : en traversant l’atmosphère, l’énergie solaire arrive sur la Terre sous forme de lumière et la chauffe, et la Terre renvoie une partie de cette chaleur sous forme de rayons infrarouges. Certains gaz dits à effet de serre, présents naturellement dans l’atmosphère en petites quantités, sont capables de piéger une partie de ces infrarouges réémis. C’est grâce à eux qu’il fait bon sur Terre. Tant que ces gaz sont peu abondants, tout va bien. Le problème vient de ce que nous émettons de plus en plus de ces gaz – méthane, et gaz carbonique surtout. L’effet de serre s’accentue, d’où une élévation de la température de la Terre…
La biodiversité en péril L’homme ne sera évidemment pas la seule victime du réchauffement climatique. La biodiversité est également en grand danger. Selon des études internationales récentes, l’élévation de la température provoquera, d’ici à 2050 – ce n’est pas loin – une vague sans précédent d’extinction d’espèces animales et végétales : un million d’entre elles pourraient ainsi disparaître ! Ces prévisions n’ont rien de farfelu : elles sont le fruit d’observations croisées, menées sur toute la planète depuis plusieurs années, en s’appuyant sur les scénarios de réchauffement des experts du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Certaines espèces vont certes s’adapter en migrant hors de leur habitat d’origine vers des régions du Nord. Elles ont d’ailleurs commencé de le faire, mais toutes ne le peuvent pas, loin s’en faut. Malheureusement, le réchauffement climatique n’est que la face la plus spectaculaire d’une catastrophe annoncée. L’agriculture intensive, l’utilisation excessive de nitrates, de pesticides et d’engrais épuisent les sols ; les forêts disparaissent ; nos modes de vie, de production et de consommation tarissent les énergies non renouvelables (comme le pétrole) ; l’eau (douce, non polluée) devient rare et chère. Savez-vous que 1 milliard et demi d’habitants de la planète n’ont pas l’eau au robinet et sont menacés par les pires maladies contractées avec de l’eau contaminée ? Un phénomène qui va en s’aggravant…
Que faire ? "La grande priorité, c’est d’éviter le délabrement et l’usure de la planète. Il faut sauvegarder nos ressources en quantité et en qualité, mais aussi nos forêts, c’est capital", explique Jean-Marie Pelt. "Si, dans nos pays, les forêts ne sont pas directement menacées (sauf par les tempêtes comme à Noël 1999), les forêts tropicales ont déjà perdu 50 % de leur superficie depuis la Seconde Guerre mondiale, sans avoir pour autant été mises en valeur. Bien au contraire, leur exploitation à outrance entraîne un phénomène de désertification qui a une incidence sur le climat. Les forêts, en effet, "transpirent", pas les déserts. L’absence de nuages dans l’air est une cause supplémentaire de détérioration du climat." Il faut donc agir vite. Mais, malgré le succès des mouvements écologistes dans le monde entier, rien ne change vraiment. "Notre appétit de consommateur est toujours aussi féroce et nous n’en mesurons pas les conséquences. Il est vrai que les liens entre notre boulimie et la destruction en amont de la nature ne sont pas toujours prévisibles", commente M. Pelt. "Un exemple : personne ne sait que les téléphones portables consomment beaucoup de tantale, un minerai récupéré dans des mines africaines, où les conditions de travail et l’hygiène sont déplorables. Ces mines sont situées à proximité de parcs où sont "conservés" les derniers grands singes. Pour se nourrir, les ouvriers des mines mangent ces singes…" Au niveau mondial, comme l’ont montré les échecs des différentes conférences internationales, rien ne bouge. "Ces grandes messes ont eu le mérite de provoquer une prise de conscience de l’urgence et de la gravité des problèmes à résoudre, mais tant qu’il n’existera pas d’organisme exécutif en charge de l’écologie de la planète, qui veille à ce que les pays passent aux actes, on en restera aux déclarations de bonne volonté", déplore Jean-Marie Pelt. "Un tel organisme aurait pour objectif la protection de l’état de la Terre, avec un droit d’ingérence écologique, c’est-à-dire le droit de mettre en place des actions financées par la communauté internationale. C’est ce qu’avait souhaité le Président Chirac à Johannesburg, mais qui ne s’est pas concrétisé…" En attendant, ajoute-t-il, "chaque pays devrait engager des actions sans se préoccuper de ce que font les autres, sinon rien ne bougera jamais". Un bon point pour les Européens : même si le Protocole de Kyoto – visant à réduire les quantités de gaz à effet de serre dégagées dans l’atmosphère – n’est toujours pas en application 7 ans après son adoption, l’Europe a pris les devants et constitué un exemple pour d’autres pays qui l’ont suivie.
Au niveau individuel Nous-mêmes, au niveau individuel, pouvons influer dans le bon sens. Comment ? "En adoptant une certaine sobriété dans l’utilisation des ressources naturelles et un esprit d’économie", répond Jean-Marie Pelt. Exemples : ne pas laisser les appareils de type télé, magnétoscope et ordinateur branchés le soir ; utiliser des ampoules à basse consommation ; prendre des douches plutôt que des bains, etc. "Mises bout à bout, ces actions quotidiennes "citoyennes" ont un réel impact. On n’en mesure pas encore assez l’importance. Personnellement, j’y crois beaucoup." Une note d’optimisme après ce panorama désespérant…
Evelyne Gogien
Un secrétariat d’État au Développement durable Tokia Saïfi, la secrétaire d’État au Développement durable (un poste qui n’existait pas jusque-là) a conçu, l’an dernier, avec Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l’Écologie dont elle dépend, une "stratégie nationale de développement durable" qui s’articule avec la stratégie européenne, adoptée en 2001. Cette stratégie, définie pour les 5 ans à venir, concerne 6 thèmes dont le changement climatique et l’énergie, les transports, l’agriculture et la pêche, les activités économiques, les risques naturels, industriels et les pollutions. Mais les déclarations d’intention gouvernementales seront-elles suivies d’effets ? Jean-Marie Pelt n’en est pas sûr. "Le danger est que ce nouveau secrétariat d’État soit un cache-misère, un alibi. Je crains que ses actions ne se résument à des "mesurettes" trop modestes qui donnent l’illusion que la France fait quelque chose de concret… Je suis très frappé par la teneur du discours politique qui reste axé sur la croissance et nullement sur le développement durable. L’élan qu’avait provoqué le Sommet de Johannesburg, en 2002, a duré 15 jours, aujourd’hui on n’en parle plus. Je pense malheureusement que le pouvoir d’entraînement de la force publique est très faible. Mieux vaut ne pas attendre que des décisions soient prises en haut lieu pour agir au niveau individuel."
De l’agressivité à l’autodestruction D’où vient notre agressivité, notre violence – dont la forme la plus redoutable est celle que nous retournons contre nous-mêmes et nos congénères ? Comment expliquer ce comportement et, surtout, comment éviter qu’il ne finisse par menacer notre espèce ? De tout temps, les hommes ont tenté de maîtriser leur agressivité en mobilisant les religions, les philosophies, la psychologie, la sociologie. Force est de constater qu’ils n’y sont pas parvenus… Jean-Marie Pelt, ex-professeur de biologie végétale à l’Université de Metz, actuellement directeur de l’Institut européen d’écologie, a cherché dans la nature des modèles pour nous éclairer et dont nous serions bien avisés de nous inspirer. Pour se nourrir et survivre, les animaux et même les plantes sont agressifs (c’est le fameux "struggle for life"), mais leur agressivité est contrôlée, savamment régulée. Chez l’Homme, ce n’est pas le cas. On retrouve, dans son dernier livre, la verve habituelle de J.-M. Pelt et sa manière bien à lui d’expliquer les lois qui régissent le monde végétal et animal, à l’aide d’exemples amusants et d’histoires toujours passionnantes.
Jean-Marie Pelt, "La loi de la jungle (l’agressivité chez les animaux, les plantes et les humains)", Fayard, 2003, 18 Euros. À lire aussi du même auteur : "La Terre en héritage", Fayard, 2000, 17 Euros.
Des répercussions sur la santé La pollution atmosphérique, le réchauffement de la planète et les changements de climat qui s’ensuivent ont aussi des conséquences sur la santé. Cet été, on a pu mesurer les répercussions de la canicule chez les personnes âgées. Mais parer, à l’avenir, aux effets des vagues de chaleur n’est pas très compliqué. Un bon réseau de surveillance des personnes à risque, une meilleure information et des "refuges" climatisés (les "cooling centers" américains) constituent des solutions faciles à mettre en place. Il sera beaucoup plus difficile de prévenir – sauf changement radical de nos modes de vie – le développement de maladies propagées par des insectes, des acariens, des rongeurs ou des oiseaux. Un exemple : les petits arthropodes comme les moustiques et les tiques, vecteurs de nombreuses maladies (paludisme, dengue, fièvre jaune…), remontent vers le Nord depuis que notre planète se réchauffe. Alors qu’en 1990, 45 % de l’humanité vivait dans des zones de paludisme et 30 % dans des régions où sévit la dengue hémorragique, les chercheurs prévoient ainsi que 60 % des Terriens seront concernés par la malaria d’ici à 50 ans et 50 % par la dengue en 2085 ! Autre catastrophe prévisible : l’augmentation des maladies dues au manque d’eau (choléra, fièvres hémorragiques, amibiase et autres parasitoses). L’aggravation de la pollution à l’ozone et aux oxydes d’azote devrait, quant à elle, avoir des effets redoutables sur les malades respiratoires comme les asthmatiques, mais aussi sur l’ensemble des populations urbaines. C’est déjà le cas puisque, d’après l’OMS, la qualité de l’air est responsable de plus de 30 000 décès annuels "anticipés" en France. On s’attend également à une augmentation du nombre d’intoxications alimentaires (par salmonelles et colibacilles), de maladies liées à la climatisation (de type légionellose) et, à cause du soleil, de cancers cutanés, en particulier le mélanome. Enfin, l’agriculture et la pêche intensives auront de plus en plus d’effets néfastes sur notre santé, à cause des nitrates, des pesticides, des antibiotiques utilisés dans l’élevage industriel, et des OGM (organismes génétiquement modifiés).
10 bons réflexes au quotidien Sans aller jusqu’à investir dans des chauffe-eau solaires* ou transformer vous-mêmes vos déchets en compost, vous pouvez déjà agir pour la sauvegarde de l’environnement en adoptant quelques gestes quotidiens simples. · Fermez la lumière en quittant une pièce et adoptez les ampoules à basse consommation (de moins en moins chères) qui font économiser de l’électricité et 50 % sur la note d’éclairage. · Prenez une douche à la place d’un bain (5 fois moins d’eau) et fermez le robinet pendant que vous vous lavez les dents (18 litres d’eau économisés). · Enfilez un pull-over au lieu de monter le chauffage (1 degré en plus, c’est 7 % de consommation d’énergie en plus). · Branchez directement votre machine à laver sur l’eau chaude, lavez votre linge à 40 °C maximum et évitez le sèche-linge, très glouton en énergie : vous utiliserez ainsi 45 à 50 % de kW en moins. · Triez vos déchets pour les recycler et jetez-les dans les containers correspondants. · Pour vos courses, utilisez un panier ou un cabas à roulette plutôt que les sacs en plastique distribués aux caisses (non recyclables, ils doivent être incinérés). · Privilégiez les emballages réutilisables ou recyclables portant un écolabel (NF-Environnement est le plus connu). · Portez à la déchetterie tous les déchets encombrants, toxiques, dangereux, polluants ; ils seront recyclés, valorisés, traités ou stockés en décharge contrôlée. · Marchez à pied pour parcourir des petites distances (jusqu’à 2 km) ou prenez votre vélo à chaque fois que c’est possible. · Au volant, conduisez sans à-coups, en souplesse ; "l’éco-conducteur" réduit de plus de 40 % la consommation de carburant et les rejets d’émissions polluantes par rapport au conducteur à la conduite agressive.
*L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) conseille et accorde jusqu’en 2006 des aides financières pour s’équiper. Renseignements : Ademe 27 rue Louis Vicat, 75015 Paris, tél. 01 47 65 20 00, fax 01 46 45 52 36 et site Internet www.ademe.fr À lire : le Guide France Info "100 gestes pour la planète", Adopter les bons réflexes quotidiens, Nathalie Fontrel et Yann Brett, Éditions Jacob-Duvernet, 2001, 7,47 Euros.
Nicolas Hulot, "Combien de catastrophes avant d’agir", Le Seuil, Coll. Point, 2003, 13,30 Euros.
Source : Bien-être et santé
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