Vingt à cinquante pour cent des femmes sont concernées par le syndrome prémenstruel (SPM) avec, pour la plupart d’entre elles, des répercussions bien réelles sur leur qualité de vie. Il n'y a pas si longtemps, les femmes n'osaient pas s'en plaindre et les hommes y voyaient une excuse bien pratique aux accès de mauvaise humeur féminine. Aujourd'hui, personne ne met plus en doute la réalité médicale de cet ensemble de symptômes. Des solutions existent ; elles peuvent véritablement métamorphoser la vie des femmes qui en souffrent périodiquement… à condition d’en parler !
Des troubles cycliques, répétitifs et gênants
Ce terme désigne l’ensemble des symptômes (le plus souvent désagréables) qui précèdent et annoncent très régulièrement chez la même femme la
survenue des règles, généralement une à deux semaines avant. La plupart des femmes ressentent des symptômes annonciateurs, très variables (qu’il s’agisse du type de manifestation ou de son importance) ; cependant, le véritable syndrome prémenstruel (survenue inexorable des mêmes signes à la même période) toucherait 20 à 50 % des femmes, c’est-à-dire près d’une femme sur trois.
Tension psychique, mammaire, pelvienne…
Les symptômes sont extrêmement variés : tension mammaire (seins gonflés, tendus, hypersensibles et douloureux), sensation de ballonnement
abdominal, troubles neuropsychiques (fatigue, irritation, troubles du sommeil, dépression), insuffisance veineuse (jambes lourdes), rétention d’eau et prise de poids, maux de tête, migraines, troubles digestifs (nausées, vomissement, diarrhée, constipation…)…
Au moins une centaine de symptômes ont été décrits. Les médecins les classent en trois groupes : le syndrome rétentionnel hydrique (le plus fréquent), le syndrome douloureux et le syndrome neuropsychique.
Généralement, ce sont toujours les mêmes signes qui surviennent chez les mêmes femmes. La forme sévère de ce syndrome prémenstruel (c’est-à-dire avec des conséquences non négligeables sur la vie sociale, professionnelle et personnelle) toucherait 7 % des femmes…
Des causes mal élucidées Si aucune cause n’a été identifiée avec certitude, plusieurs hypothèses ont été avancées : origine hormonale, génétique, endocrinienne, carentielle (déficit en vitamines et minéraux)… Le syndrome prémenstruel est une manifestation des changements hormonaux liés au cycle menstruel, cycle plus ou moins régulier selon les femmes ; il n'affecte d'ailleurs que les femmes qui ovulent, pas les autres. De récentes études semblent démontrer qu’il serait aussi associé à des bas niveaux de sérotonine, une molécule sécrétée par le cerveau et qui interviendrait notamment dans la régulation de l’humeur. Ceci explique probablement les troubles neuropsychiques souvent constatés.
Mais attention : contrairement à une idée couramment répandue, cela ne signifie pas que l’origine du syndrome prémenstruel soit purement psychologique. Les troubles psychologiques sont la conséquence (et non la cause !) d’un trouble organique.
Un diagnostic aisé
Le diagnostic se fait tout simplement sur la notion de survenue régulière
des mêmes troubles à la même période du cycle (avant les règles) chez la même femme. Les examens complémentaires (radiologiques, échographiques, dosages sanguins notamment hormonaux) sont parfaitement inutiles. Cependant, attention : certaines maladies s’aggravent ou se manifestent essentiellement pendant cette période particulière ; c’est notamment le cas de l’asthme, de la migraine ou de la dépression.
Des traitements adaptés aux différents troubles
Le syndrome prémenstruel, tout comme les autres événements spécifiquement féminins (règles, grossesse, ménopause) n’est pas réellement une maladie. En ce sens, on ne peut le qualifier de "grave". Cependant, la gêne ressentie est plus ou moins intense selon les femmes et le SPM peut représenter un réel handicap, retentir sur les activités habituelles et altérer la qualité de vie : si 20 à 50 % des femmes en sont atteintes, on estime à 7 % celles qui en souffrent de façon sévère. C'est dire qu'il faut bannir tout fatalisme, cesser de considérer que la femme est condamnée à souffrir avant – ou pendant – ses règles, d'autant qu'un certain nombre de traitements ont largement fait la preuve de leur efficacité !
Parce qu’ils se substituent au cycle hormonal naturel parfois irrégulier en créant un cycle certes artificiel mais parfaitement régulier, les contraceptifs hormonaux soulagent souvent les femmes les plus gênées. En fonction des symptômes, les médicaments antidouleur (antalgiques), ceux qui pallient l’insuffisance veineuse (phlébotoniques), les antimigraineux, les anxiolytiques, certains antidépresseurs, parfois de faibles doses de diurétique sont d’un grand secours.
Enfin, l’exercice physique et des mesures diététiques (éviter l’alcool ou les boissons excitantes, diminuer les apports en graisses saturées, en sucre et en sel, boire de l’eau) sont aussi d’une aide précieuse.
Si vous êtes concernée, n’hésitez plus, consultez ! Les solutions existent. Le syndrome prémenstruel n’est plus, ne doit plus être une fatalité…
Dr Eva Gulesser
Les solutions anglo-saxonne et française ?
Depuis plusieurs années, les médecins anglo-saxons s’intéressent à cette baisse
de sérotonine qui serait corrélée à l’apparition du syndrome prémenstruel. D’où l’idée d’utiliser une certaine classe d’antidépresseurs : les inhibiteurs de recapture de la sérotonine (médicaments qui empêchent
la diminution des taux de sérotonine) pour traiter les syndromes prémenstruels sévères, c’est-à-dire responsables d’une perturbation sérieuse dans
la vie personnelle, professionnelle et sociale des femmes concernées.
Près de 1 000 femmes ont accepté de participer à des études comparant l’efficacité de ces inhibiteurs à des placebos. Les antidépresseurs se sont révélés 7 fois plus efficaces pour réduire les symptômes du syndrome prémenstruel, non seulement sur les troubles psychiques (ce qui était logique et attendu), mais aussi sur les autres signes. D’où leur prescription pour soulager le syndrome prémenstruel sévère dans les pays anglo-saxons, notamment aux États-Unis. En France, on utilise plus volontiers des progestatifs ou des estroprogestatifs pour rééquilibrer la balance estroprogestative, des phlébotoniques, voire des diurétiques. Néanmoins les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine commencent aussi à être prescrits quand les symptômes neuropsychiques prédominent mais le plus souvent en administration intermittente, pour réduire les effets indésirables.
Source : Bien-être et Santé |